Amour et confi­ne­ment : la vie en couple dans la Loire

Le confi­ne­ment peut res­ser­rer les liens de cer­tains couples, ou à l’in­verse, les mettre à l’é­preuve. Eric Malerbes, psy­cho­thé­ra­peute de couple nous parle des bou­le­ver­se­ments aux­quels peuvent faire face les couples confi­nés et com­ment y remédier.

Quels sont les risques du confi­ne­ment pour les couples ?

Le confi­ne­ment décuple les situa­tions pré-exis­tantes : si un couple ne s’en­tend pas très bien, que l’har­mo­nie n’est déjà plus là, le confi­ne­ment décu­ple­ra le pro­blème. Si on cher­chait par exemple à s’é­vi­ter, que la conflic­tua­li­té était très éle­vée, le confi­ne­ment est jus­te­ment un contexte qui exa­cer­be­ra les com­por­te­ments et les tensions.

Il y a aus­si la dimen­sion de pro­mis­cui­té qui fait que nous n’a­vons pas d’é­chap­pa­toire, plus de zone de sécu­ri­té psy­cho­lo­gique. En temps nor­mal, tout le monde a la pos­si­bi­li­té de “cou­per” sa rela­tion, notam­ment en allant au tra­vail, et donc de chan­ger de contexte rela­tion­nel. On fait une pause dans la rela­tion sen­ti­men­tale en arri­vant dans un envi­ron­ne­ment social plu­tôt repo­sant, pas très impli­quant per­son­nel­le­ment, où mal­gré les pro­blèmes qu’il peut y avoir, nous ne sommes pas obli­gés de par­ler de nous.

Dans l’in­ti­mi­té, on parle de soi, même en abor­dant des sujets com­muns, on dit ce qu’on res­sent, ce qu’on pense. Le confi­ne­ment rend ce mode d’in­ti­mi­té qua­si exclu­sif. Il n’y a plus de cou­pure, ou très peu, c’est fati­guant. Nous sommes constam­ment en repré­sen­ta­tion de ce qu’on dit, de ce qu’on fait, car nos actions, notre lan­gage, notre ges­tuelle seront tou­jours scru­tés et jugés par l’autre qu’on le veuille ou non : qu’est-ce qu’il/elle mange ? Est-ce qu’il/elle a fait du sport ? Pourquoi il/elle dort encore ? On essaye de trou­ver les com­por­te­ments qui iront à l’autre, etc.

A l’in­verse, le confi­ne­ment peut-il s’a­vé­rer béné­fique pour cer­tains couples ?

Tout le monde pense que le confi­ne­ment est un pro­blème pour les couples. C’est sans doute vrai pour la majo­ri­té, mais c’est aus­si une oppor­tu­ni­té de se retrou­ver pour d’autres. On constate que beau­coup de couples sont très absor­bés par leurs pro­jets pro­fes­sion­nels, par l’ex­té­rieur, par ce qui est en dehors de leur couple. Là, c’est l’oc­ca­sion de nour­rir son couple, car nous sommes mobi­li­sés en ce sens. Un de mes patients m’a récem­ment dit : ‘Je n’ai jamais été aus­si heu­reux, je retrouve mes enfants et ma femme’.

C’est l’oc­ca­sion de renouer, de prendre son temps, d’é­vo­quer des sujets qu’on a pas tou­jours le temps d’é­vo­quer, d’a­li­men­ter un dia­logue posi­tif et nour­ris­sant. Les gens sont moins fati­gués et ont plus de temps. Ils ont l’oc­ca­sion de se redé­cou­vrir, de refaire connais­sance. Hors som­meil, cer­taines per­sonnes peinent à s’ac­cor­der du temps. Or, nous savons qu’un couple devrait au moins avoir entre 15h et 20h d’é­changes par semaine. Il est essen­tiel de régu­ler le ter­ri­toire du couple : il faut de l’es­pace et du temps sans inter­fé­rence extérieure. 

Un couple peut-il être 24h/24 et 7j/7 ensemble ?

Non, il faut que cha­cun ait sa tra­jec­toire, son auto­no­mie émo­tion­nelle et ne vive pas dans la dépen­dance affec­tive. Chacun doit être suf­fi­sam­ment serein pour mener sa vie et avoir une rela­tion pri­vi­lé­giée avec sa/son par­te­naire, une rela­tion qui donne envie, qui pro­cure du plai­sir : ‘quand je tra­vaille, je rentre content(e) de retrou­ver une per­sonne que j’aime, avec qui je m’en­tends bien’. Le salut du couple ne passe pas l’ex­clu­si­vi­té. L’envie passe par l’en­vie de se retrou­ver, et pour se retrou­ver, il faut une cou­pure. Le confi­ne­ment peut éga­le­ment per­tur­ber la sexua­li­té, car être 24h/24 ensemble empêche d’a­voir de la dis­tance pour dési­rer l’autre. Le désir naît de l’ab­sence et non de la fusion.

Que peuvent mettre en place les couples pour mieux sup­por­ter le confinement ?

Il ne faut pas que les gens s’en­ferment dans leurs rumi­na­tions, avec leurs inquié­tudes. Il est impor­tant d’é­chan­ger, même concer­nant des pro­blèmes exté­rieurs au couple, comme le tra­vail ou l’a­ve­nir éco­no­mique : ‘com­ment ferons-nous? com­ment pou­vons-nous nous aider mutuel­le­ment ? Ou encore, se faire aider ?’ De plus, il y a le contexte social exté­rieur. C’est une situa­tion anxio­gène qui peut ame­ner à se refer­mer sur soi, mais il ne faut pas s’i­so­ler, il faut en dis­cu­ter. Il faut par­ler, se confier, ne pas faire comme si ça de rien n’é­tait. Parfois, on pense qu’un couple ne s’en­tend pas, alors que cha­cun est en fait pré­oc­cu­pé et inquiet pour d’autres choses que la rela­tion comme la san­té de ses proches ou l’a­ve­nir de son entreprise. 

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