Annette : un drame musical baroque et poétique

« Annette » est un drame musical de Leos Carax avec Adam Driver et Marion Cotillard. Bien que l’artificialité du film, pourtant propre au genre, soit contraire au naturalisme habituel au cinéma, cela lui confère une charme indéniable.

Entre le vidéoclip et l’opéra rock

Avec le retour en grâce des films musicaux, depuis notamment la sortie de « La La Land » de Damien Chazelle, d’autres réalisateurs s’y sont essayés. On peut citer Clint Eastwood avec « Jersey Boys », les frères Cohen avec « Ave, César ! », Bryan Singer avec « Bohemian Rhapsody » et prochainement Steven Spielberg avec le remake de « West Side Story ». Or par sa forme, « Annette » ressemble davantage à un long vidéoclip voire à un opéra rock ; peut-être parce que le film ne parvient jamais à vraiment se détacher de la musique composée par Sparks, le groupe américain de pop-rock.

 

 

 

Des amants l’un contre l’autre

Dans « Annette », Leos Carax exploite de nouveau la figure romantique du couple, avec Ann et Henry, une version embourgeoisée d’Alex et Michèle des « Amants du Pont Neuf ». Mais rapidement dans le récit, leur immaturité et leur incapacité à s’aimer eux-mêmes rendent leur relation difficile. Leur amour étant purement charnelle, Annette, l’enfant issu de leur union, ne pourra exister véritablement. Elle ne sera donc pas de chair, mais en bois, tel Pinocchio. Ses parents trop égoïstes resteront des “adulescents” se jalousant. Ils seront par conséquent incapables de prendre soin d’elle. Au final, comme chez Dostoïevski, le crime et sa punition transformeront Henry, qui insufflera enfin l’esprit à Annette, dans une dernière scène admirable.

 

 

 

Des décors incroyables

Comme dans chacun des films de Leos Carax, les décors sont magnifiques. Ils confèrent une poésie indéniable à l’image, superbement éclairée par la directrice de photographie Caroline Champetier. On pense notamment à la séquence de l’opéra comportant un fond de scène se transformant en vraie forêt, au décor de la plage étincelante sous la Lune et à la séquence sur le yacht, avec en arrière plan, l’image projetée d’une tempête en pleine mer.

Une mise en scène admirable

Le film parvient à associer une grande fluidité des mouvements de caméra (à la steadycam) avec des expérimentations intéressantes héritées du “cinéma pur” des années 20. Un film très intéressant à voir, donc.

Richard Clermont

 

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