Ce jour-là, un couvreur-zingueur chute d’une hauteur d’une dizaine de mètres alors qu’il intervenait sur une cheminée. Polytraumatisé, il doit être héliporté vers l’hôpital et se voit prescrire 121 jours d’incapacité totale de travail. Pour le procureur, sa survie relève presque du miracle. Au-delà du drame humain, l’audience avait pour objectif de déterminer les responsabilités en matière de sécurité sur ce chantier.
Un harnais laissé au sol et une chute de dix mètres
L’ouvrier reconnaît à la barre qu’il avait sorti son harnais, mais l’avait laissé au pied de l’échelle. Ce jour-là, il admet ne pas être dans de bonnes dispositions psychologiques : un collègue venait d’être enterré, ce qui pesait lourdement sur l’équipe. Malgré cela, le travail a été engagé. Alors qu’il s’occupait de l’abergement autour de la cheminée, une plaque a cédé sous ses pieds. Déséquilibré, il a basculé dans le vide. Une chute qui aurait pu lui coûter la vie.
Le procureur de la République, Henry De Poncins, a replacé ce dossier dans un contexte plus large. Depuis le début de l’année, plusieurs chutes de toit avaient déjà été recensées dans le département. Pour lui, cette affaire illustre une banalisation des risques dans le secteur du bâtiment, où les règles de sécurité sont trop souvent perçues comme secondaires. Il a rappelé que les protections individuelles et collectives ne sont pas une option, mais une obligation, surtout pour des travaux en hauteur.
L’Inspection du travail pointe plusieurs défaillances
Le rapport de l’Inspection du travail met en évidence de nombreuses lacunes : absence d’échafaudage sécurisé, pas de filet de protection, pas de système d’arrêt de chute. Autant d’équipements qui auraient pu limiter, voire éviter, la gravité de l’accident. Pour l’avocate de la victime, Me Wissem Yaya, les conséquences ne sont pas seulement physiques. L’accident a profondément bouleversé la vie familiale : la relation de couple a été fragilisée et les enfants ont exprimé une grande détresse psychologique.
Le dirigeant de l’entreprise « Les Toits de la Loire » s’est présenté comme un professionnel attentif aux questions de sécurité, mais il n’était pas présent ce jour-là sur le chantier, en raison d’un contexte personnel difficile. Le chantier avait été pris en sous-traitance et n’avait pas bénéficié de la supervision habituelle. La défense a plaidé la bonne foi et la taille modeste de la société, soulignant aussi l’absence de certains éléments techniques dans le dossier. Elle a estimé que les réquisitions étaient excessives pour une petite structure qui reconnaissait déjà sa part de responsabilité.
Des sanctions financières pour l’entreprise
Le tribunal a finalement retenu la faute de l’entreprise pour manquement aux règles de sécurité.
« Les Toits de la Loire » a été condamnée à :
- 10 000 euros d’amende pour blessures involontaires,
- 1 500 euros supplémentaires pour non-respect des obligations de sécurité.

