Clémentine Autain : « L’hypermarché est un lieu à la croi­sée des dys­fonc­tion­ne­ments contemporains »

Clémentine Autain, dépu­tée La France insou­mise de Seine-Saint-Denis publie un livre aux édi­tions Grasset « À gauche en sor­tant de l’hypermarché» et sou­tient sans réserve Jean-Luc Mélenchon pour 2022. Pour la femme poli­tique : « Aucune force à gauche ne peut gagner seule » le lieu de l’histoire, un super­mar­ché. Ce n’est pas anodin.

Un résu­mé du livre qui est dis­po­nible par­tout en click n col­lect : « J’ai dépo­sé mes courses sur le tapis rou­lant, la jeune femme a encais­sé. J’avais envie de lui dire : moi, je n’encaisse pas. Parce que je ne suis pas à sa place, et sur­tout parce que je ne sup­porte pas les normes de cette socié­té qui font d’elle et de ses col­lègues des sans voix, peu recon­nues, peu protégées.

Les cais­sières illus­trent ce qui ne tourne pas rond dans une socié­té où l’on ne cesse de nous assé­ner : ne pense pas, dépense. La caisse enre­gistre cet argent roi qui nous fait perdre le sens de la vie, et la déshu­ma­ni­sa­tion en marche s’incarne à tra­vers ces « petites mains » que nous confon­dons avec leur outil de tra­vail. Leur quo­ti­dien rap­por­té à leur salaire illustre une effrayante hié­rar­chie des valeurs. Et sur le tapis rou­lant, elles voient pas­ser toute la déme­sure consu­mé­riste d’un monde qui court à sa perte. L’écosystème, pas plus que nos dési­rs, ne peut sup­por­ter une telle gabe­gie, tan­dis que de plus en plus de per­sonnes, de familles ne par­viennent pas à bou­cler leurs fins de mois. »

Haut lieu du consu­mé­risme débri­dé et de la frus­tra­tion, l’hypermarché maté­ria­lise la folie capi­ta­liste. C’est l’espace de toutes les pro­mo­tions, sauf pour les cais­sières. Dans l’un des plus grands groupes mon­diaux de dis­tri­bu­tion, il a fal­lu 15 jours de grève pour obte­nir 45 cen­times d’euros en plus sur les tickets res­tau­rants ! L’hypermarché, c’est aus­si là où l’on vou­drait nous faire croire que crois­sance infi­nie est syno­nyme de mieux-être sur une pla­nète aux res­sources limi­tées. Il est urgent de rompre le lien entre le plus et le mieux. Et ce n’est pas l’essor de l’e‑commerce, avec son pro­fi­lage numé­rique dit intel­li­gent, qui frei­ne­ra le mar­ke­ting agres­sif fabri­quant la pul­sion d’achat, le gâchis, les inéga­li­tés… quand il pro­met plu­tôt la sur­veillance généralisée.

« Rien ne sera comme avant », a juré Emmanuel Macron pen­dant la crise sani­taire. Pourtant, depuis des décen­nies, les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs n’ont ces­sé d’encourager la loi du pro­fit, la mar­chan­di­sa­tion de tout et le déman­tè­le­ment des biens communs.

À tra­vers le prisme de l’hypermarché, Clémentine Autain montre ce qui doit chan­ger, main­te­nant. Au fil d’un récit mêlant l’intime et le poli­tique, elle appelle à une trans­for­ma­tion pro­fonde, sociale et éco­lo­giste, qui ne résul­te­ra pas de l’addition de gestes indi­vi­duels, mais de la conscience et de l’action collective.

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