Un mot d’ordre unique résumait l’état d’esprit des agriculteurs présents : être enfin laissés libres de produire. Foncier, eau, prédation du loup, dégâts de sangliers : autant de freins concrets que le monde agricole ligérien entend voir levés sans délai.
Une souveraineté alimentaire en trompe-l’œil
Invité d’honneur de la journée, Yannick Fialip, président de la commission économique de la FNSEA et élu du département voisin de la Haute-Loire, a dressé un tableau alarmant de la situation agricole nationale. La France, qui revendique sa souveraineté alimentaire, importe pourtant de plus en plus : les fruits étrangers progressent massivement sur le marché intérieur, et la part de viande importée a explosé.
Dans le même temps, les exportations s’effondrent et la balance commerciale agroalimentaire tend vers zéro. Il a également pointé la surproduction laitière, dont l’excédent finit en méthaniseurs faute de capacités de transformation suffisantes, ainsi que la réduction des aides de la politique agricole commune, partiellement atténuée après mobilisation syndicale.
La paperasse étouffe les vocations
Un sujet a particulièrement enflammé la salle, au point de mettre en difficulté les représentants de la préfecture et de la direction départementale de protection des populations présents : la charge administrative qui pèse sur les exploitants. L’accumulation des formulaires, des contrôles et des normes en perpétuelle évolution décourage les jeunes qui s’installent, alors même qu’ils ont besoin de visibilité sur dix à vingt ans pour rentabiliser leurs investissements.
Des témoignages concrets ont illustré l’absurdité ressentie sur le terrain : une porcherie en circuit court obtenue au prix d’un véritable parcours du combattant, ou encore des exigences de surface de parcours jugées inapplicables pour l’élevage de volailles en plein air, tandis que les grandes surfaces continuent de vendre des œufs de poules élevées en cage.
Le foncier otage des classifications environnementales
Jean-Luc Perrin, président de la FDSEA Loire, a exprimé avec véhémence l’exaspération des agriculteurs face aux classements environnementaux qui gèlent des terres sans préavis. La découverte de quelques joncs par un stagiaire suffit parfois à transformer une parcelle productive en zone humide intouchable pour des décennies.
Même logique pour les écrevisses à pattes blanches, dont la présence, paradoxalement signe d’une bonne gestion du milieu, condamne les terres alentour à l’immobilisme administratif. Perrin appelle à laisser le bon sens paysan s’exprimer face aux enjeux climatiques, plutôt que de multiplier les contraintes bureaucratiques.
L’eau et les phytosanitaires, deux dossiers explosifs
La question du stockage de l’eau a également cristallisé les tensions. Les agriculteurs ligériens s’interrogent sur les blocages spécifiques à leur département, alors que des projets similaires aboutissent dans les départements voisins. Trop d’intervenants administratifs, trop peu de décisions concrètes : c’est la météo, rappelle-t-on avec amertume, qui reste le seul vrai décideur dans une exploitation.
Sur les produits phytosanitaires, enfin, le sentiment d’une concurrence déloyale domine. Des substances interdites en France restent autorisées chez nos voisins européens et reviennent dans l’assiette des consommateurs français via des produits importés. L’exemple des lentilles illustre le propos : produites localement et valorisées à prix élevé, elles sont supplantées sur le marché par des importations à bas coût, dont la maturation a été accélérée par des herbicides proscrits en France.


