L’historique point de deal du Mail à Firminy est tombé à l’automne dernier dans un vaste coup de filet. « Enfin ! Nous avions mis les moyens sur ce site de vente de drogue qui causait un trouble évident ! », s’est exclamé le procureur André Merle lors de l’audience du tribunal correctionnel.
Le commerce prospérait sur la base d’un rendement considérable : environ 200 000 euros de chiffre d’affaires estimé sur quelques mois durant l’été 2025. Le « four » de la place du Mail était alimenté par un appartement nourrice situé place de la Plantée, servant d’atelier de conditionnement pour la revente. Cannabis et cocaïne s’y négociaient quotidiennement de 10 heures à minuit, jusqu’à 2 heures du matin le week-end.
Des responsabilités contestées
Ryan Laidouni, 27 ans, considéré par les enquêteurs comme le chef du réseau, conteste fermement cette qualification. « Vu que je sortais d’un trafic de stupéfiants, les enquêteurs étaient les mêmes et ont voulu me faire porter le chapeau », affirme-t-il.
Confronté à sa présence récurrente dans l’appartement nourrice, il se justifie : « Je n’ai pas les moyens de me payer l’hôtel. J’y allais avec des filles, on « tapait » des ballons de protoxyde d’azote ». Quant à sa violation d’interdiction de séjour dans la Loire : « Je voulais voir mon père. C’est important, un papa. »
Sofyane Berri, 35 ans, identifié comme le bras droit du boss, assume partiellement son rôle. « J’ai géré le téléphone. Je devais juste appeler, dire que ça se passait bien. Je n’ai jamais vu ni l’argent, ni la drogue. J’ai fait de la prison toute ma vie pour des vols, pas pour des stupéfiants. J’ai juste vendu ponctuellement au cimetière de La Ricamarie. »
Face à l’accusation qui le désigne comme numéro 2 de l’organigramme : « Je ne suis ni un bras droit ni un bras gauche… »
Une enquête critiquée par la défense
Les avocats de la défense, Mes Charlotte Dupuy et Florent Diaz, ont vivement critiqué l’enquête. Ils pointent notamment le frère de Sofyane, « dont on ne sait pas trop ce qu’il a fait, mais qu’on intègre dans le dossier parce qu’il est un Berri », ou encore ce membre du réseau qui dénonce le trafic et « est celui qui s’en tire le mieux avec une condamnation en plaider coupable ».
Concernant le prétendu chef : « On n’apporte pas le moindre début de preuve qu’il ait donné des ordres ou demandé des comptes. Elle est où, la grande vie qu’il mène s’il est vraiment un trafiquant ? »
Vingt-quatre mois ferme pour les principaux prévenus
Le tribunal a condamné Ryan Laidouni et Sofyane Berri à vingt-quatre mois de prison ferme avec maintien en détention. D’autres prévenus, dont deux vendeurs et le « livreur » qui transportait les sacs de stupéfiants entre l’appartement de la Plantée et le point de deal du Mail, ont également été sanctionnés.
Le procureur André Merle a profité de l’audience, en présence de nombreux collégiens et lycéens, pour un rappel à la loi. « On est dans une société où la banalisation des choses est telle qu’il faut rappeler que l’usage des stupéfiants est interdit. Les points de deal constituent un trouble à la santé comme à l’ordre public. Sur celui du Mail, on a utilisé une nourrice de 60 ans. On ne recule devant rien ! »

