Firminy compte actuellement huit boucheries professionnelles, auxquelles s’ajoutent quelques forains et les rayons spécialisés des grandes surfaces périphériques. Pourtant, la municipalité affirme que le secteur connaît actuellement une forte demande et représente une opportunité réelle d’activité pour un artisan souhaitant s’établir.
La Ville précise qu’il manque des bouchers traditionnels dans le bas de la ville. Seules deux boutiques de ce type subsistent : la boucherie Jaillet, place du Marché, et la boucherie de la Terrasse, rue Victor-Hugo. « Elles sont trop éloignées pour les personnes âgées qui vivent dans le secteur du Mas ou de Layat », justifie-t-on côté mairie. Un projet serait d’ailleurs en réflexion, mais il serait « encore trop tôt pour communiquer à ce sujet ».
Un contexte économique difficile
La réalité du terrain contraste avec cette vision optimiste. La plupart des bouchers firminyotes signalent un chiffre d’affaires orienté à la baisse. Deux commerces sont même fermés et en vente, sans avoir trouvé preneur jusqu’à présent.
« Quand on a vu l’affiche, sur le coup, ça ne nous a pas fait tellement plaisir », lance Cyril Chouvelon, associé de la boucherie Jaillet dans les colonnes du Progrès. « La mairie ne semblait pas trop s’occuper des commerçants en fermant les places et des rues. L’accessibilité à Firminy est de plus en plus compliquée et notre chiffre d’affaires est en baisse. Ça nous fait du mal. »
Le commerçant souhaiterait que la municipalité s’occupe « d’abord des commerçants en place au lieu d’en chercher de nouveaux ». Il estime qu’il n’y a pas besoin d’un boucher supplémentaire, d’autant que les grandes surfaces disposent de vastes parkings pour leurs clients. « On n’est jamais bien chaud à l’ouverture d’une concurrence, mais parfois, ça ne fait pas de mal, ça donne un petit coup de fouet. Je ne pense pas que ce soit une priorité pour Firminy », nuance-t-il toutefois.
Un sentiment partagé par la profession
Dalil Harkane, de La Ferme de la Loire, fraîchement arrivé de Haute-Savoie, partage cette perplexité : « Je ne vois pas pourquoi on cherche un nouveau boucher, je trouve qu’il y a beaucoup de boucheries. » Il préfère cependant relativiser : « Si la mairie veut ça, peut-être qu’elle a une raison. Ça ne me fait pas peur, on a notre clientèle. »
Pascale Bonin, de la boucherie de la Terrasse, reconnaît être « un peu tombée des nues ». « On n’est pas très content parce qu’on ne se soucie pas des bouchers déjà existants. Je ne vois pas l’intérêt d’avoir un boucher supplémentaire. Il n’y a pas de besoin. C’est déjà compliqué pour nous avec les charges et les hausses de prix. » Elle déplore l’absence totale de contact avec la mairie : « On ne les voit jamais. Mon compagnon a découvert l’affiche sur Facebook. Ils auraient dit un traiteur, je comprendrais, mais pas un boucher. »
Mohand Aidli, de la boucherie Braka, estime qu’il « n’y a pas la demande » : « À Firminy, il y a beaucoup de boucheries, j’en compte huit, plus les grandes surfaces. C’est bien suffisant. Tout a augmenté, le chiffre d’affaires a baissé de plus de 40%. »
Abdellah Aboughazi, de La Marinade, tient un discours similaire : « Il y a déjà plus de bouchers que ce qu’il faudrait, alors je ne sais pas pourquoi ils en cherchent un. Huit, c’est déjà beaucoup ! Nous, ça va, ça tourne, mais pas assez pour partager. Heureusement, j’ai une clientèle fidèle. »
La mairie se défend
La Ville indique que trois professionnels se sont manifestés suite à l’annonce et précise : « C’est un projet privé, on a simplement servi d’intermédiaire pour le propriétaire d’un local vacant. Il s’agissait davantage de trouver un boucher, mais aussi spécialisé charcutier et traiteur. »
La municipalité rappelle qu’elle « travaille dans l’intérêt de tous » : « Nous sommes très sollicités, plusieurs fois par semaine, par des professionnels qui recherchent des locaux. Nous mettons les gens en relation, il faut faire vivre les locaux. »

