Gaël Perdriau au ministère des Solidarités

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Gaël Perdriau, maire de Saint-Etienne, président de Saint-Etienne Métropole et de la commission des affaires sociales de l’AMF (Association des maires de France) représentait son président François Baroin, ce mardi matin au ministère des Solidarités et de la Santé lors de la première réunion de travail du Comité national de coordination de la lutte contre la précarité alimentaire. 

Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, présidait la réunion, accompagné de Julien Denormandie, ministre de l’Agriculture et de l’alimentation, et Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement.

Au cours de ces échanges, Gaël Perdriau a rappelé que : “La pandémie que la France traverse ne fait que mettre en lumière la profonde crise sociale que traverse le pays depuis plus de 10 ans. Il y a fort à parier, avec une récession attendue en 2020 de 9 % du PIB, selon l’INSEE, que cette situation de catastrophe sociale et humaine n’aille qu’en s’aggravant au fil des mois. La précarité ne cesse de progresser et avec elle le sentiment d’insécurité sociale que les maires constatent, jour après jour, au contact des habitants.

Une des formes les plus graves de cette précarité sociale touche à l’alimentation. Une situation qui explique que, selon la Banque Alimentaire, entre 3 et 8 millions de personnes ne se nourrissent pas correctement pour des motifs financiers. Bien entendu, il s’agit d’une conséquence directe du fait que 9,3 millions de nos compatriotes vivent sous le seuil de pauvreté.

Cette situation de précarité alimentaire est à l’origine de nombreuses ruptures que nous ne pouvons accepter dans une société aussi évoluée que la France. Ruptures sanitaires, puisque une mauvaise alimentation est à l’origine de nombreuses pathologies telles le cancer ou l’obésité. Ruptures familiales et éducatives puisque une alimentation déséquilibrée et insuffisante entraîne, pour les enfants, des situations de grande fragilité scolaire. 

Notons aussi que la précarité alimentaire semble ignorer les frontières de l’âge puisque 31% des étudiants sont concernés tout comme 7,3% des retraités. Aujourd’hui, 20% des mineurs vivent dans des familles pauvres.

A ce stade, au regard de la crise économique annoncée, suite à la crise sanitaire du printemps, il est indispensable de s’interroger sur l’efficacité réelle des politiques publiques conduites et ce en dépit des objectifs, parfois très ambitieux, affichés par le gouvernement notamment dans la loi EGalim de 2018.

Certes, on peut relever que désormais le nombre de magasins pratiquant le don alimentaire a fortement progressé. Ainsi, si en 2016, les deux tiers des magasins de plus de 400m² donnaient des aliments ils sont, aujourd’hui 95%. Une “réussite” qu’il convient de relativiser puisque le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire a été, en dix ans, presque multiplié par 2. En 2018, 335 000 tonnes de nourriture ont été distribuées à 5,5 millions de personnes.

Des chiffres qui soulignent aussi le rôle essentiel des associations dont il faut saluer le dévouement et qui chaque jour, grâce aux 200.000 bénévoles qui agissent, luttent contre la précarité alimentaire en s’appuyant, notamment, sur les collectivités territoriales et leurs CCAS ou CIAS, et dont les aides sont d’environ 270M€ par an. Des aides qui viennent compléter les 27 millions d’euros alloués par l’Etat. Les communes et les associations ne pourront continuer à suppléer aux limites des politiques publiques dans le contexte budgétaire qui leur est imposé par le gouvernement.

Aujourd’hui, la France ne peut plus accepter cette violence sociale qui conduit des millions de personnes sur le chemin de la précarité dont la dernière station est l’exclusion sociale. Nous devons agir afin de faire reculer la précarité en général et, plus spécifiquement, sa déclinaison alimentaire. Nous devons permettre à chacun de pouvoir se nourrir avec des produits de qualité et respectueux des contraintes environnementales.

Plus que jamais, il est temps de s’interroger sur le modèle de société que nous voulons construire pour la France en défendant une vision humaniste de notre avenir où l’homme serait le mètre étalon des politiques publiques et non simplement les logiques financières”.

Face à ce constat, Gaël Perdriau, en tant que président de la Commission des affaires sociales de l’AMF, a demandé que soit reconnu le rôle majeur, dans la lutte contre la précarité, des maires et des présidents des intercommunalités qui sont, par le biais des CCAS et CIAS, les premiers responsables de l’accueil des personnes en situation de grande fragilité sociale, entraînant l’accroissement de l’effort financier des collectivités dans un contexte de contrainte budgétaire imposé par l’Etat.

Et d’expliquer :

“A ce stade, il apparaît essentiel qu’une évaluation quantitative et qualitative des différents dispositifs de la stratégie de lutte contre la pauvreté soit mise en place. Une analyse pouvant conduire, si nécessaire, à la refonte de ces dispositifs afin de les adapter aux réalités du terrain pour les rendre pleinement opérationnels dans la lutte contre la précarité.

Les maires jouent un rôle essentiel, au niveau de la commune, dans la coordination et la mise en œuvre des moyens destinés à lutter contre la pauvreté. Pour autant, de nombreux obstacles existent notamment ceux liés au caractère confidentiel des données rendant leur partage complexe. A cet effet, le gouvernement devrait rapidement tirer le bilan de la mise en place des hauts commissaires à la pauvreté chargés de décliner localement la stratégie pauvreté et des référents de parcours prévus pour les plus fragiles afin de disposer d’une évaluation critique de leur action.

Aujourd’hui, le gouvernement doit répondre favorablement à l’appel de l’AMF en faveur d’une concertation renforcée des actions menées en faveur des publics précaires qu’elles soient portées par l’Etat, les collectivités locales ou encore les associations. L’objectif pour les communes est de pouvoir évaluer au plus près les besoins de leurs administrés, en particulier les besoins non couverts par des dispositifs déjà existants”.

communiqué de la ville de Saint-Etienne. Photo 42info.

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