Dans la nuit du 10 novembre 2024, rue de la Chazotte à La Talaudière, Jordan (prénom d’emprunt) tombe sur trois individus embusqués dans les buissons en bas de chez lui. L’un d’eux, Yacine Boussaid, 21 ans, le poignarde au thorax.
Le contexte : les agresseurs appartiennent à un groupe sur les réseaux sociaux hostilement baptisé « C’est la fin ». Une vidéo les montre brandissant un couteau et évoquant leur intention « d’en découdre » avec leur victime. Motif de cette violence : une dette de 20 euros que Jordan tardait à rembourser.
Des versions qui ne convainquent personne
Jugés par le tribunal correctionnel pour violences aggravées, le trio de garçons âgés de 19 à 21 ans (un quatrième a été mis hors de cause) persiste à minimiser les faits. Yacine Boussaid, absent du procès et sans avocat, sera désigné comme l’auteur principal du coup de couteau, dénoncé par la victime et l’un des coprévenus.
Les deux autres prétendent n’être venus que « pour parler » : « J’ai participé parce que je voulais maîtriser ceux qui se battaient. Ça a dégénéré d’un coup quand Yacine a sorti son couteau », affirme l’un. Le second invoque une simple mission de recouvrement de dette : « On devait juste parler avec lui. Je n’ai pas porté de coup, je n’ai rien fait. »
Le président s’agace
Le président d’audience finit par s’emporter : « Et la vidéo où vous vous filmez le couteau à la main ? Vous n’y allez ce soir-là que pour discuter, vraiment ? Et à quatre ? »
Face aux dénégations répétées, il rappelle la gravité des faits : « Cette scène est un guet-apens, le tribunal n’a aucun doute sur les intentions de chacun. Et vous continuez à vous défausser aujourd’hui… »
Me Charlotte Dupuy, avocate de la partie civile, monte au créneau : « Il tombe sur trois bonshommes planqués dans les buissons en bas de chez lui, qui lui sautent dessus avec un couteau. La victime, c’est lui ! »
La procureure exige des peines de prison ferme : « Quel que soit leur rôle, ils veulent tous les trois en découdre. Il s’agit en réalité d’une expédition punitive. L’un des prévenus n’est même pas là, les deux autres ne reconnaissent pas à hauteur de ce qu’ils ont fait. C’est inquiétant… »
La défense plaide la relaxe
Les avocates de la défense tentent de sauver leurs clients. Me Nathalie Colletti plaide une relaxe : « La responsabilité pénale est individuelle, on ne peut pas visualiser une scène unique de violence. Il n’est pas connu de la justice, rien ne prouve qu’il a porté des coups. »
Me Élodie Ladignac-Philippe défend l’autre prévenu : « Il prend un coup de poing au visage par Ismaël. Et c’est la seule scène de violence où il est présent. Par ailleurs, c’est lui qui appelle la police et les pompiers après le coup de couteau. »
Le tribunal ne se laisse pas convaincre :
- Yacine Boussaid : 24 mois de prison ferme avec mandat d’arrêt. « Nous allons aller le chercher pour l’envoyer en prison, car ces faits sont gravissimes », prévient le juge. L’auteur du coup de couteau, déjà condamné cet été en comparution immédiate pour trafic de stupéfiants, possède un casier judiciaire contrairement à ses deux complices.
- Les deux autres prévenus : 18 mois de prison dont 9 avec sursis pour chacun.
Le président conclut avec effarement : « C’est assez effarant. Le point de départ de tout ça, c’est 20 euros. »

