La chro­nique de Martial : réfor­mer le sys­tème édu­ca­tif de toute urgence

L’Homme a accom­pli des exploits excep­tion­nels en matière d’a­van­cées tech­no­lo­giques. Pourtant en matière de pro­grès social, il n’a évo­lué que très len­te­ment à tra­vers les âges.

La gran­deur d’une civi­li­sa­tion se construit autour de son Éducation. C’est ce qui fait de nous des ani­maux sociaux. Je ne garde pas de bons sou­ve­nirs de l’é­cole. J’étais un élève très moyen et ne me sen­tait pas à ma place dans l’ac­com­plis­se­ment d’un pro­gramme très for­ma­té où on ne nous appre­nait pas à pen­ser par nous-mêmes, mais à deve­nir le meilleur. À com­men­cer par un sys­tème de nota­tion. Les profs avaient beau nous dire que les notes n’é­taient pas impor­tantes, elles contri­buaient cepen­dant à vali­der notre année.

Dictée, cal­cul men­tal, géo­mé­trie, Histoire… On appre­nait bête­ment sans savoir pour­quoi. J’aurais aimé savoir pour­quoi et dans quel but poli­tique a eu lieu la bataille d’Austerlitz, pour­quoi on uti­li­sait un com­pas et quel était le but de connaître le théo­rème de Thalès. Mais l’é­cole n’aime pas celui qui réflé­chit trop. Il faut ren­trer dans les rangs, obéir et écouter.

J’ai eu quelques rares pro­fes­seurs qui m’ont pas­sion­né de par leur aura et leur méthode à me don­ner envie d’ap­prendre. Pour les autres, j’oc­cu­pais leurs cours à des­si­ner au fond de la classe et à obser­ver par la fenêtre le moindre détail qui pou­vait me dis­traire. Je me suis beau­coup ennuyé tout au long de ma sco­la­ri­té. C’est la rai­son pour laquelle les profs me trou­vaient des capa­ci­tés sous-exploitées.

 

« ce sys­tème n’a pas pour autant per­mis aux plus intel­li­gents de mieux réus­sir leur vie »

À vrai dire, je me rap­pelle d’une ins­ti­tu­tion anxio­gène où j’ap­pre­nais non pas pour m’en­ri­chir per­son­nel­le­ment et par mes propres choix, mais plus tôt pour être éva­lué et être meilleur que les autres. En fin de tri­mestre on avait le droit de savoir ora­le­ment nos moyennes et à quelle place on se trou­vait dans le clas­se­ment. Malheureusement, cela annon­çait le sys­tème de ren­de­ment dans lequel on allait bas­cu­ler sur le mar­ché du tra­vail. On fabrique depuis des années non pas des pen­seurs qui vont entre­prendre, mais des pro­duc­teurs, capables d’ac­com­plir une tâche bêtement.

 

« J’ai connu des cancres qui ont mon­té leur entre­prise et des sur­doués qui pointent aujourd’­hui au chô­mage »

Le monde occi­den­tal se divise gros­siè­re­ment en deux caté­go­ries : les consom­ma­teurs et les requins. Ce sys­tème n’a pas pour autant per­mis aux plus intel­li­gents de mieux réus­sir leur vie. J’ai connu des cancres qui ont mon­té leur entre­prise et des sur­doués qui pointent aujourd’­hui au chômage.

Les pro­blèmes de socié­té que nous connais­sons aujourd’­hui tels que le racisme, la grève, les mani­fes­ta­tions, les inéga­li­tés sociales, l’é­co­lo­gie, le chô­mage… sont les grands absents du pro­gramme sco­laire ou que très peu pré­sents. Pourtant, l’en­sei­gne­ment des valeurs et des dérives socié­taires pour­rait très vite sus­ci­ter des vocations.

La réponse à ce monde-là se trou­ve­rait peut-être du côté des écoles alter­na­tives. Ces écoles où il n’y a pas de pro­gramme, pas de notes, où les enfants sont libres de s’a­don­ner à des acti­vi­tés qui leur plaisent. Elles ne fabriquent pas pour autant des écer­ve­lés, mais au contraire des élèves qui déve­loppent des manières de pen­ser et une ouver­ture d’es­prit indis­pen­sable au monde d’au­jourd’­hui. La France a tout inté­rêt à s’ins­pi­rer de nou­velles méthodes d’en­sei­gne­ment si elle veut engen­drer ses pen­seurs de demain. 

MARTIAL MOSSMAN

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