Le maire de Roanne savait qu’il serait questionné au terme du dernier conseil communautaire de la mandature, organisé le 5 février à Roanne. Il connaissait la teneur de la question et avait manifestement préparé sa réponse avec soin. Sandra Creuzet-Taite, son ancienne vice-présidente à Roannais agglomération devenue sa plus farouche opposante, lui avait transmis plusieurs questions diverses.
Yves Nicolin a répondu que la plainte pour recel d’informations déposée par la Ville de Roanne, Roannais agglomération et lui-même restait « toujours en cours ». Il a ajouté trouver « assez étonnant, même étrange » que cette affaire inquiète son interlocutrice. Rien de nouveau donc, selon le plaignant. Pourtant, la réalité juridique s’avère sensiblement plus complexe.
Un classement sans suite confirmé par le procureur
La plainte à laquelle faisait référence la maire du Coteau était effectivement celle déposée le 27 janvier 2025. Celle-ci a été classée sans suite, comme l’a confirmé au Pays roannais le procureur de la République de Roanne, Xavier Laurent.
Le magistrat a précisé par courrier avoir informé l’avocat du maire de Roanne de ce classement dès le 28 février suivant. Il a également indiqué qu’à sa connaissance, aucune constitution de partie civile n’a été déposée devant le juge d’instruction de Roanne dans cette affaire. Cette information judiciaire contredit donc partiellement les affirmations publiques du maire.
Xavier Laurent a néanmoins fait preuve d’honnêteté et de prudence en ajoutant qu’il n’était pas en mesure de confirmer si le maire de Roanne avait entrepris une contestation de ce classement qui ne lui aurait pas été portée à connaissance, ou s’il avait saisi une autre juridiction.
Un classement resté confidentiel pendant près d’un an
Il faut souligner que ce classement date déjà de près d’un an mais qu’il n’avait jamais été porté à la connaissance du grand public. Cette discrétion interroge sur la communication des autorités municipales concernant l’évolution de leurs démarches judiciaires, particulièrement lorsque celles-ci ont fait l’objet d’annonces publiques initiales.
Le silence maintenu sur cette décision de justice pendant plusieurs mois témoigne d’une stratégie de communication sélective, révélant uniquement les informations jugées favorables aux intérêts des plaignants.
Une seconde plainte effectivement en cours à Saint-Étienne
La situation se révèle toutefois plus nuancée qu’il n’y paraît. Yves Nicolin a déposé une autre plainte avec constitution de partie civile auprès du doyen des juges d’instruction de Saint-Étienne. Cette procédure parallèle a été confirmée au Pays par Igor Manfredi, le directeur de cabinet du maire de Roanne.
Cette seconde plainte est effectivement toujours en cours d’instruction, ce qui explique la réponse formulée par Yves Nicolin à Sandra Creuzet-Taite. On peut raisonnablement imaginer que l’ancienne vice-présidente de Roannais agglomération avait connaissance du classement de la première plainte et souhaitait relancer son interlocuteur sur ce point précis.
Le maire de Roanne ne lui en a manifestement pas laissé l’occasion, préférant une réponse techniquement exacte concernant l’existence d’une procédure en cours, sans préciser qu’il s’agissait d’une démarche distincte de celle initialement évoquée et que la première avait été classée sans suite.


