Tout part d’un bâtiment à l’abandon. Le presbytère de La Versanne est vacant depuis 1993. Il y a une quinzaine d’années, l’équipe d’André Geourjon avait lancé un projet de réhabilitation ambitieux, hébergement touristique, salle d’animation, nécessitant la création d’une nouvelle voie d’accès par le nord, l’entrée existante par le centre-bourg étant jugée trop étroite et trop pentue. Le projet avait obtenu un avis favorable lors d’une enquête publique en 2011, sous réserve de certaines conditions.
En 2014, la nouvelle équipe municipale, dont faisait partie Gilles Oriol, aujourd’hui candidat aux municipales 2026, avait mis le dossier en veille, estimant qu’il n’était plus prioritaire. Mais en cette fin de mandature, André Geourjon l’a relancé, dans une version revue : le presbytère serait désormais transformé en appartements locatifs. Ce changement de destination n’est pas anodin, et la suite le montrera.
Enquête publique 2025 : avis défavorable, décision favorable
Pour créer la nouvelle voirie, une révision du Plan local d’urbanisme était indispensable, ce qui a imposé l’organisation d’une nouvelle enquête publique fin 2025. La commissaire enquêtrice a rendu ses conclusions : avis défavorable. Elle estime le projet « prématuré », faute d’un avant-projet évaluant sérieusement les possibilités architecturales du bâtiment. Elle souligne en outre que les enjeux ont profondément changé depuis 2011 : le presbytère ne serait plus un établissement recevant du public, ce qui remet en question les arguments sécuritaires et d’accessibilité handicapés qui avaient justifié l’avis favorable d’alors.
Cet avis est consultatif. Le conseil municipal n’est pas tenu de le suivre. Le 28 janvier dernier, il a choisi de l’ignorer et d’adopter la révision du PLU. Une décision qui a mis le feu aux poudres.
Patrimoine, zones humides, mur d’enceinte : les griefs des opposants
Une association a lancé une pétition qui a recueilli plus de 400 signatures, soit l’équivalent de la population entière du village. Ses membres pointent plusieurs problèmes concrets. La future voie se terminerait contre le mur d’enceinte du jardin du curé, à distance du presbytère, sans rejoindre directement le bâtiment. Pour créer un accès réel, ce mur historique devrait être démoli, un élément constitutif, selon la commissaire enquêtrice, du noyau historique du bourg. Les terrasses du jardin, à valeur patrimoniale reconnue, seraient profondément remaniées.
Sur le plan environnemental, les opposants s’inquiètent du sort d’une zone humide de 100 m², connectée à deux autres zones humides répertoriées par le Syndicat des Trois Rivières. L’Autorité environnementale recommande elle-même des investigations approfondies avant toute décision.
La municipalité campe sur ses positions
La mairie, dont le maire André Geourjon n’a pas souhaité répondre directement à nos questions, a défendu son projet via l’application municipale illiwap. Elle s’appuie sur un courrier de la Direction départementale des territoires confirmant que l’accès actuel au presbytère n’est toujours pas aux normes. Elle avance également le soutien du Département et du Parc du Pilat, convaincus que sans accès conforme, le bâtiment n’aura aucune valeur économique. Dans un contexte de baisse des dotations de l’État, la location d’appartements représente pour la commune une ressource financière non négligeable.
Sur la question de la zone humide, la municipalité s’appuie sur un courrier du service de la police de l’eau qui ne reconnaît pas la qualification de zone humide, évoquant une simple stagnation saisonnière. Une interprétation que les opposants rejettent, réclamant une étude sur une année complète intégrant la saisonnalité.
Le scrutin de dimanche, premier arbitrage
L’affaire ne s’arrêtera probablement pas aux urnes. L’association des Amis de Saint-Didier envisage un recours devant le tribunal administratif. Elle a par ailleurs engagé une démarche d’Obligation réelle environnementale sur la parcelle lui appartenant concernée par la voirie, un dispositif juridique susceptible de bloquer le projet sur le long terme.
Mais dimanche, les électeurs auront un premier mot à dire. La liste de Gilles Oriol compte parmi ses membres des opposants déclarés au projet, tandis que celle de Vital Grange rassemble plusieurs élus de l’équipe sortante. Le vote pourrait bien sceller, provisoirement, l’avenir du presbytère et de sa future voie d’accès.


