L’album de Johnny Hallyday : notre critique

Le jour J est arri­vé. “Mon pays c’est l’a­mour”, l’ul­time album de Johnny Hallyday, est sor­ti. Mais au-delà du carac­tère excep­tion­nel de cette sor­tie post­hume, que vaut réel­le­ment ce disque du Taulier ? Pure Charts l’a écou­té et vous délivre sa cri­tique, titre par titre.

1. “J’en par­le­rai au diable”

L’émotion est là quand on appuie sur “play” pour écou­ter cet album post­hume de Johnny Hallyday. D’autant que sur la piste d’ou­ver­ture, “J’en par­le­rai au diable”, qui fait d’ailleurs office de pre­mier extrait, le rockeur anti­cipe le jour où il mour­ra et qu’il devra assu­mer ses actes. « J’en par­le­rai au diable / Si l’heure vient à son­ner / De m’as­seoir à sa table / Et dire ma véri­té / J’en par­le­rai au diable / Il sau­ra m’é­cou­ter / L’innocent, le cou­pable / L’homme que j’ai été » lance Johnny Hallyday, avec une voix solide et impres­sion­nante. Sombre, fai­sant par­fois pen­ser à “Que je t’aime” dans les arran­ge­ments, “J’en par­le­rai au diable”, sorte d’a­dap­ta­tion de “Conversation With The Devil” de Ray Wylie Hubbard signée Bertrand Lamblot et com­po­sée par Maxim Nucci, est une superbe intro­duc­tion. Frissons garan­tis. 5/5

2. “Mon pays, c’est l’amour”

Donnant son titre à l’al­bum, dont le choix est dis­cu­table après la guerre qui oppose David et Laura à Laetitia Hallyday, “Mon pays, c’est l’a­mour” renoue avec le rocka­billy si cher à Johnny au début de sa car­rière. Bienvenue à Nashville sur ce mor­ceau à l’éner­gie rava­geuse, où l’in­ter­pré­ta­tion de Johnny Hallyday, en force, ne fait pas du tout dans la nuance. « Mon pays c’est l’a­mour / Je suis né dans ses bras / En même temps que toi / J’ai gran­di sous ses doigts / En même temps que toi » lance le Taulier avec un plai­sir non dis­si­mu­lé. On sent qu’il s’a­muse et que la chan­son, qui res­pecte les codes du genre, se révèle enle­vée avec ses gui­tares et son solo de trom­pette par­ti­cu­liè­re­ment effi­cace, mais elle n’est pas fran­che­ment ori­gi­nale. Par contre, “Mon pays, c’est l’a­mour” aurait été par­faite pour la scène ! 3/5

3. “Made in Rock’n’Roll”

Même ambiance rocka­billy pour “Made in Rock’n’Roll” où là encore Johnny Hallyday impres­sionne en for­çant sur sa voix en s’en don­nant à coeur joie. Les gui­tares s’af­folent alors que l’ar­tiste mar­tèle « C’est pas le temps qui va user ma car­casse ». Comme s’il défiait la mort iné­luc­table, Johnny Hallyday se fait encore et tou­jours plai­sir en pro­vo­quant le des­tin, avec le sou­rire : « Le temps il se las­se­ra bien avant moi / Te marre pas tu ver­ras / C’est écrit sur ma peau je suis Made in Rock’n’Roll ». Le texte, signé Pierre Dominique Burgaud et adap­té du “Let The Good Times Roll” de JD Mc Pherson, n’est pas très fin et se révèle un peu facile, fai­sant de “Made in Rock’n’Roll” l’un des titres les moins pal­pi­tants de l’al­bum. 1,5/5

4. “Pardonne-moi”

“Pardonne-moi” est l’un des grands moments de cet album “Made in Rock’n’roll” de Johnny Hallyday. Signé Yohann Malory et Hervé Le Sourd, com­po­sé par Yodelice et Yarol Poupaud, le titre sonne inévi­ta­ble­ment comme la der­nière chan­son d’a­mour de Johnny à sa femme Laetitia Hallyday. « J’aimerais t’ai­mer, comme il se doit, par­donne-moi », « Comment pour­rais-je, trom­per la mort, quand elle sou­rit », « Sauver l’a­mour, sau­ver l’en­vie, une der­nière fois ». Plus que jamais, Johnny Hallyday fend l’ar­mure pour s’ex­cu­ser de ne pas avoir été tou­jours à la hau­teur de leur amour. Une bal­lade forte — la seule véri­table bal­lade du disque — qui devrait en émou­voir plus d’un et qui aurait pu deve­nir un tube de plus pour le rockeur dis­pa­ru ! 4/5

5. “Interlude”

Superbe mor­ceau ins­tru­men­tal signé Yvan Cassar, fidèle col­la­bo­ra­teur de Johnny Hallyday. Touchant, qua­si-ciné­ma­to­gra­phique. Une belle respiration !

6. “4 m²”

Retour au rock et sur­tout au blues avec “4 m²” dans lequel Johnny Hallyday se met dans la peau d’un homme empri­son­né. Un clin d’oeil à son tube “Les portes du péni­ten­cier” ? « Quatre mètres car­rés et des pous­sières / C’est la dimen­sion de l’en­fer / Quatre mètres car­rés et des pous­sières / C’est la mesure de ma misère » chante l’ar­tiste sur un texte sim­pliste, enchaî­nant les cli­chés, tan­dis que la réa­li­sa­tion signée Yodelice, certes impec­cable, manque de rage. Malheureusement, “4 m²” ne mar­que­ra pas les esprits. 2/5

Regardez le clip de “J’en par­le­rai au diable” de Johnny Hallyday :


7. “Back in LA”

Los Angeles, une ville si chère à Johnny Hallyday. Forcément, il fal­lait qu’il lui rende encore hom­mage. C’est Miossec, qui a déjà signé de nom­breux textes pour le rockeur, qui s’est mis au tra­vail ici. Les cou­plets sont par­ti­cu­liè­re­ment réus­sis : Johnny, esseu­lé, n’a plus goût à rien alors que sa dul­ci­née l’a quit­té du jour au len­de­main. « Depuis que t’es par­tie je ne vois plus le soleil / De toute façon la ville n’est plus pareille / Il fait si chaud qu’on ne voit plus vrai­ment bien le ciel ». Dommage que le refrain soit plus léger quand les cho­ristes répètent « I want you back in LA ». Certes, “Back in LA” aurait réser­vé un moment de fer­veur lors des concerts pré­vus par Johnny Hallyday, qui rêvait d’une tour­née des stades, mais sur disque le résul­tat n’est pas flam­boyant. 2,5/5

8. “L’Amérique de William”

Les réfé­rences aux Etats-Unis sont légion dans le réper­toire de Johnny Hallyday. Cet album post­hume ne déroge pas à la règle avec notam­ment “L’Amérique de William”. Mais qui est ce William ? Il s’a­git du célèbre pho­to­graphe William Eggleston, né à Memphis et qui a immor­ta­li­sé l’Amérique sur des por­traits ou des pay­sages en cou­leurs, témoi­gnant du quo­ti­dien des habi­tants dans les années 70. Teinté de coun­try, “L’Amérique de William” se révèle être un hom­mage authen­tique, qui vient du coeur, grâce aux paroles poé­tiques de Jérôme Attal. « L’Amérique de William / Ce sont les grands espaces intimes / Vus d’une fenêtre de cui­sine / Ce sont les mégots de l’es­poir / Qui fument encore sur les trot­toirs ». Superbe ! 4/5

9. “Un enfant du siècle”

Yohann Malory et Hervé Le Sourd étaient déci­dé­ment très ins­pi­rés à l’i­dée d’é­crire pour Johnny Hallyday. Sur une pro­duc­tion rock, et une mélo­die radio­pho­nique sans être jetable (mer­ci Yodelice et Yarol Poupaud !), “Un enfant du siècle” per­met au Taulier de poser un regard tein­té de nos­tal­gie sur le monde et son exis­tence. « Puisque le ciel est grand / Que le temps nous tue / Que res­te­ra-t-il de nous / Puisqu’on fait sem­blant / Et qu’on s’ha­bi­tue / À ne rien se dire du tout » clame Johnny sur son refrain enra­ci­né, por­té par des gui­tares hur­lantes et une inter­pré­ta­tion puis­sante. Sans être incroyable, “Un enfant du siècle” s’é­coute sans déplai­sir. 3/5

10. “Tomber encore”

“Tomber encore” est clai­re­ment l’un des gros singles poten­tiels de cet album post­hume. Et c’est peu dire que la chan­son aurait pu ne jamais voir le jour puis­qu’elle est signée… par un fan de Johnny — Boris Lanneau — qui lui a sou­mis des textes il y a trois ans après un concert. Il a bien fait ! Oui, “Tomber encore” est un titre pop-rock FM clas­sique — cer­tains diront géné­rique — mais la voix de Johnny et l’ef­fi­ca­ci­té du refrain en font un mor­ceau accro­cheur, que tout le monde pour­rait fre­don­ner : « Fais-moi encore tom­ber, tom­ber amou­reux fou, Fais-moi encore tom­ber, tom­ber à genoux ». 3,5/5

11. “Je ne suis qu’un homme”

Là encore signé Yohann Mallory et Hervé le Sourd, le texte de “Je ne suis qu’un homme” a de quoi faire fris­son­ner le public. Si le titre n’est en réa­li­té pas vrai­ment pas­sion­nant, ses arran­ge­ments cré­pus­cu­laires — avec ses cordes vibrantes — et ses paroles qui sonnent comme une ultime révé­rence alors que le rockeur nous a quit­tés, lui donnent une aura par­ti­cu­liè­re­ment forte et émou­vante. « J’aurais vou­lu res­ter / Pour le pire le meilleur / Mais je ne suis qu’un homme ». Difficile de res­ter insen­sible… 3/5

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