Cette annonce intervient dans un paysage politique local encore incertain, où les autres formations peinent à désigner leurs représentants. Originaire de Saint-Étienne où il a vécu jusqu’à sa majorité et fréquenté le lycée Fauriel, le jeune homme présente un profil atypique pour le RN. Diplômé de Sciences Po et d’HEC (promotion 2017-2021), avec une expérience internationale au Texas, il a échoué de peu au concours de l’ENA mais a néanmoins intégré les rouages de l’administration.
Son curriculum vitae témoigne d’une connaissance approfondie des institutions. Après un stage au cabinet préfectoral d’Evence Richard pendant la crise sanitaire, il a poursuivi son apprentissage à l’Assemblée nationale auprès du président de la commission des finances. Sa carrière l’a ensuite mené au ministère de l’Économie comme chargé de mission pour la relocalisation industrielle dans le secteur de la santé.
Un passage dans le privé avant le retour à Bercy
Entre octobre 2022 et juin 2023, Corentin Jousserand a évolué dans l’écosystème des start-up en tant que responsable de projet chez Owkin. Cette parenthèse entrepreneuriale s’est achevée par un retour au ministère, où il a travaillé sur les enjeux d’attractivité des centres-villes à travers les dispositifs Actions Cœur de Ville et Petites Villes de demain.
Un engagement politique évolutif
Son parcours idéologique révèle des évolutions significatives. Initialement proche d’Éric Zemmour et de Reconquête, pour qui il rédigeait des contenus économiques, il a rompu avec cette formation avant la présidentielle de 2022. Son désaccord portait notamment sur la réforme des retraites, témoignant selon lui d’une fibre sociale incompatible avec les positions zemmouriennes.
Un constat alarmant sur l’état de Saint-Étienne
Le futur candidat dresse un diagnostic sévère de sa ville natale, évoquant une « attractivité très clairement perdue ». Il pointe du doigt la fermeture de nombreux commerces, le départ de sièges sociaux et la dégradation générale du centre-ville. À ses yeux, l’affaire de chantage qui a éclaboussé la municipalité actuelle a aggravé cette situation en nuisant à l’image de la cité auprès des institutions nationales.
Corentin Jousserand revendique ouvertement sa volonté de conquérir la mairie, déclarant sans ambages : « Oui, nous pouvons prendre cette ville ». Cette confiance contraste avec les résultats historiques du RN aux municipales : 9,24% en 2020 contre 18,9% en 2014, soit une tendance à la baisse qui interroge sur la faisabilité de ses objectifs.
Une dynamique électorale favorable au niveau national
Toutefois, les récents scrutins semblent donner raison à son optimisme. Aux élections européennes de 2024, le RN a obtenu 24,65% des voix à Saint-Étienne, soit le meilleur score dans une ville de plus de 150 000 habitants hors région PACA. Cette performance, portée à 30% en incluant les autres formations d’extrême droite, constitue un socle électoral non négligeable.
Le candidat garde encore le mystère sur ses propositions concrètes, notamment concernant la sécurité, thème traditionnel de son parti. Si le renforcement des effectifs de police municipale et l’extension de la vidéosurveillance figurent dans les pistes évoquées, le programme détaillé ne sera dévoilé qu’après l’été.
Une stratégie d’alliances à définir
Concernant d’éventuels partenariats, Corentin Jousserand maintient le flou. Des contacts ont été pris avec Debout la France, l’UDR et les restes de Reconquête, mais aucune alliance n’est encore scellée. Cette prudence stratégique témoigne de sa volonté de conserver toutes les options ouvertes dans un paysage politique local en pleine recomposition.
L’élection de 2026 s’annonce particulièrement ouverte avec l’incertitude entourant la candidature de Gaël Perdriau et les difficultés de structuration des alliances, tant à droite qu’à gauche. Dans ce contexte mouvant, la candidature de Corentin Jousserand, portée par une dynamique nationale favorable au RN, pourrait bien redistribuer les cartes du jeu politique stéphanois.


