Avant l’audition de l’ancien maire, deux témoins appelés par la défense ont pris la parole jeudi matin. Véronique Ruiz, fonctionnaire du cabinet de Gaël Perdriau à la Métropole, n’a guère apporté d’éléments nouveaux, si ce n’est un portrait flatteur de son ex-président. Son témoignage a surtout mis en lumière les relations tendues que Pierre Gauttieri entretenait avec les élus, ses colères, ses reproches, son emprise sur ce qu’il considérait comme son personnel. L’intéressé a tout nié.
Nadia Semache, ancienne adjointe issue de la gauche, a livré un portrait plus nuancé. Elle a reconnu à Gaël Perdriau ses qualités tout en confirmant le climat de terreur que faisait régner le directeur de cabinet. Elle lui attribue notamment une tentative d’évincement de Gilles Artigues avant les municipales 2020 — ce que Gauttieri conteste, se présentant au contraire comme son défenseur. Sur le cheminement des subventions, rien de nouveau non plus de sa part.
Michel Thiollière, auditionné la veille, a de nouveau démonté la thèse d’un Gauttieri agissant en franc-tireur solitaire. L’avocat d’Anticor rappelle par ailleurs que le détournement de fonds est définitivement avéré, plusieurs condamnations étant passées en force de chose jugée quelles que soient les éventuelles rectifications de l’appel.
Perdriau à la barre : l’enfer de quatre ans et les regrets
Convoqué en fin de journée mercredi puis longuement entendu ce jeudi, Gaël Perdriau a commencé par évoquer son enfer vécu depuis quatre ans. Il a exprimé une forme de honte sur ses propos enregistrés, pas dignes dans la bouche d’un maire, ni d’un homme tout en soulignant que certains enregistrements étaient coupés brutalement de manière volontaire. Il a revendiqué son humanité face à ceux qui le réduisent à un dossier : « Je suis un homme, un fils, un mari, un père. » Sur Gilles Artigues, qu’il connaît depuis trente ans et dont il était proche avant les crises politiques, il assure n’avoir jamais eu l’intention de l’entraver dans ses ambitions.
Sa version des faits reste identique : Pierre Gauttieri agissait seul, animé par une haine personnelle envers Gilles Artigues et Michel Thiollière. Rossary-Lenglet voulait se venger de Kéfi-Jérôme. Lui n’était que l’emballage. Il affirme n’avoir rencontré Rossary-Lenglet qu’à trois reprises dans sa vie et ne jamais avoir visionné la vidéo avant l’éclatement du scandale. La présidente l’a pris en défaut : pour quelqu’un sans souvenir d’avoir été informé du chantage, les détails fournis sont étonnamment précis.
Un lapsus qui fait du bruit, un coup de sang qui choque
Le moment le plus saillant de l’audition est venu presque par accident. Évoquant la vidéo, Gaël Perdriau lâche : « Quand Pierre Gauttieri me montre… me raconte la vidéo. » Il se reprend aussitôt, invoquant la fatigue. Mais le lapsus est enregistré. Pour la première fois, l’ancien maire reconnaît également savoir qui est « Théo », l’acteur présent dans la vidéo, Gauttieri lui en aurait montré une photo sur Google. Il qualifie ses échanges WhatsApp avec Kéfi-Jérôme sur ce sujet d’humour de mauvais goût. La réaction dans la salle est éloquente.
Plus tôt, bousculé dans l’ordre des interrogatoires, il avait perdu son sang-froid face à la présidente Margareth Stragier, lui reprochant de l’obliger à « hacher » son propos sans préparation. La réponse de la magistrate avait été cinglante. Le ton est monté jusqu’à cette phrase : « Si vous avez déjà décidé de me condamner, faites-le. »


