Résidant aujourd’hui à La Rochelle, l’ancien directeur général des services Jean-Luc Humbert a été entendu en priorité à la demande de la présidente Margareth Stragier. Il a certes reconnu les qualités de Gaël Perdriau, énergique, dynamique, pugnace, et l’intelligence de Pierre Gauttieri. Mais il a rapidement décrit une mairie où l’ambiance s’est progressivement dégradée, un mode de fonctionnement extrêmement centralisé, des adjoints peu impliqués et une gouvernance guidée par le bénéfice politique plutôt que par l’intérêt général. Après deux ans passés à Saint-Étienne entre 2016 et 2018, il a choisi de partir lorsqu’il a constaté que la ligne suivie ne correspondait plus à ses convictions. Sur la question de savoir si Gauttieri pouvait prendre des décisions graves sans en informer le maire, sa réponse a été sans ambiguïté : il en doutait, percevant dans les non-dits des liens très forts entre les deux hommes, et ressentant dans les propos du directeur de cabinet la parole même du maire.
Véronique Ruiz et Nadia Semache : le portrait en creux d’un Gauttieri incontrôlable
Les témoins du jeudi matin ont adopté une tout autre tonalité. Véronique Ruiz, responsable du protocole au cabinet de Saint-Étienne Métropole, a décrit Gaël Perdriau comme un personnage atypique qu’elle ne reconnaît pas dans les descriptions faites au procès. Sur Pierre Gauttieri, elle a concédé le caractère parfois cinglant, la tendance à considérer les membres du cabinet comme son personnel personnel, mais assuré que Perdriau n’était pas au courant de tout. Elle n’a jamais entendu les enregistrements qui mettent en cause l’ancien maire, détail que l’avocat des victimes n’a pas manqué de relever.
Nadia Semache, au parcours politique sinueux, passée du soutien de Benoît Hamon à l’équipe de Gaël Perdriau, a juré qu’il n’aurait jamais laissé faire une chose pareille. Elle a décrit Pierre Gauttieri comme condescendant, autoritaire, voire toxique, capable de décider seul sans en référer au maire, et se permettant d’intimider des élus d’opposition en brandissant des « dossiers ». Une version commode pour la défense, mais qui laisse entière la question que personne ne pose directement : si le directeur de cabinet était si problématique, pourquoi Gaël Perdriau ne l’a-t-il jamais remercié ?


