Les experts le décrivent comme un « collectionneur pour lequel les femmes, indifférenciées, sont réduites à un corps ». Les jeunes femmes victimes avaient été rencontrées principalement sur les réseaux sociaux.
Visage fin, barbe soigneusement taillée, abdominaux sculptés : les selfies extraits de son téléphone et diffusés dans la salle d’audience révèlent un jeune homme au physique avantageux. Une apparence qui interroge le président de la cour criminelle Éric Chalbos : « Vous avez du succès. Pourquoi forcez-vous ces jeunes femmes avec des photos de nu ? » La réponse de l’accusé est révélatrice : « Justement, le fait que je plais beaucoup m’a rendu narcissique. Tout m’était dû… »
Pénible à écouter en raison de son entêtement à murmurer ses réponses malgré les innombrables « Parlez plus fort ! » du président, Benhassine brouille lui-même son image devant la cour.
Des expertises psychologiques sans concession
Un psychologue clinicien a dressé un portrait impitoyable de l’accusé : « Immaturité psychologique, comportement impulsif poussé par la jouissance sexuelle, conduite agressive, prédateur ». L’expert s’est notamment arrêté sur le passé sportif de Benhassine, ancien boxeur titré champion de France adolescent. « Il a été sanctionné parce qu’il tapait trop fort, ça m’a interpellé. »
Mais c’est sur le rapport aux femmes que l’expertise se révèle la plus accablante. « Il y a aussi la problématique de son rapport aux femmes : il est un corps-phallus », analyse l’expert. Les avocates des plaignantes se sont engouffrées dans cette brèche pour illustrer ces conclusions par des faits concrets.
« La femme n’est pour lui qu’un objet qu’on va pénétrer »
Lorsque Me Carine Monzat relève que l’accusé « a continué les faits de viol malgré les pleurs de ma cliente », l’expert répond « qu’il est autocentré. Les femmes sont indifférenciées, réduites à un corps. Il ne les entend pas ».
Quand Me Perrine Servais souligne que Benhassine a contraint certaines plaignantes à lui tourner le dos pendant le rapport sexuel, le psychologue est catégorique : « Ça vient confirmer que la femme n’est pour lui qu’un objet qu’on va pénétrer. »
Une défense qui tente de limiter les dégâts
Me Charlotte Dupuy, avocate de la défense, a tenté de nuancer ce portrait. « Il a reconnu qu’il n’avait pas respecté ces femmes, qu’il n’avait pas vu l’absence de consentement, qu’il avait pu se montrer insistant. Il a quand même évolué ! » Le praticien tempère cette vision optimiste : « L’élément essentiel pour éviter la réitération, c’est une prise de conscience. Et ça, c’est le travail du thérapeute. »
Un risque criminologique élevé
Un second expert s’est montré à peine plus rassurant. « Il est en demande de soin, en capacité de travail : ce sont des points positifs. Mais le risque criminologique est élevé. » Une conclusion qui laisse peu d’espoir quant à la dangerosité persistante de l’accusé et au risque de récidive en l’absence d’un suivi thérapeutique approfondi. Le procès se poursuit devant la cour criminelle de Saint-Étienne, qui devra se prononcer sur la culpabilité de Zacharia Benhassine et, le cas échéant, sur la peine à lui infliger pour ces onze viols présumés.

