Cette décision, prise lors du bureau communautaire de jeudi, concerne directement l’aménagement de la friche Bourrat, terrain sur lequel la municipalité envisageait d’implanter un supermarché Aldi accompagné de 70 logements. Le vice-président Hervé Daval, également à la tête du Schéma de cohérence territoriale, justifie cette position par deux obstacles majeurs qui compromettent la viabilité du projet tel qu’initialement conçu.
Le premier écueil concerne la question cruciale de l’accessibilité. L’urbanisation de cette zone avait été conditionnée dès l’origine par la construction d’un ouvrage de franchissement des voies ferrées, permettant une desserte correcte du futur quartier. Cet équipement stratégique, rapidement surnommé « la fameuse passerelle » dans les débats locaux, reste à l’état de projet virtuel. Son abandon officieux, motivé par des considérations budgétaires prohibitives, prive le secteur de toute solution de mobilité alternative crédible.
Un supermarché qui s’évapore, une mixité qui s’évanouit
Le second problème découle directement de l’échec du volet commercial du projet. L’enseigne allemande de hard-discount s’est heurtée successivement au refus de la Commission départementale d’aménagement commercial, puis à celui de l’instance nationale de recours. Cette double rejection administrative vide le projet de sa composante mixte habitat-commerce, pourtant essentielle à son équilibre économique et urbanistique. Sans cette locomotive commerciale, le programme résidentiel isolé perd sa cohérence territoriale.
Face à ces impasses, l’agglomération formule des demandes précises avant tout réexamen du dossier. Les élus communautaires réclament une étude approfondie des solutions d’accessibilité, qu’il s’agisse de la passerelle initialement prévue ou d’alternatives techniques équivalentes. Parallèlement, ils demandent une actualisation complète du rapport de présentation pour démontrer la conformité du projet avec les orientations du Plan local de l’habitat intercommunal.
Le contentieux prend désormais une dimension multi-niveaux avec l’annonce d’un avis défavorable départemental attendu début juillet. Cette convergence des critiques institutionnelles illustre les difficultés du projet à convaincre au-delà de l’échelon municipal. Sur le terrain politique local, deux groupes d’opposition coteauliens ont saisi le tribunal administratif lyonnais pour obtenir l’annulation de la délibération municipale de septembre 2024 qui entérinait la modification du PLU.
L’enseigne Aldi contre-attaque par la voie judiciaire
De son côté, la chaîne de supermarchés refuse de baisser les bras et engage une procédure contentieuse contre le refus de son permis de construire. Cette offensive juridique témoigne de l’investissement financier et stratégique de l’enseigne dans ce projet d’implantation roannaise. Le mutisme de la direction d’Aldi face aux sollicitations journalistiques laisse planer le mystère sur les arguments développés devant la juridiction administrative.
L’organisme de planification territoriale a lui aussi actionné le levier contentieux en novembre 2024, élargissant encore le front des oppositions institutionnelles. Cette multiplication des recours dessine un paysage judiciaire complexe qui risque de paralyser durablement le projet.
Une maire qui temporise face à la tempête
L’édile coteaulienne, désormais exclue du bureau communautaire, affiche une sérénité de façade face à cette levée de boucliers. Elle annonce une commission urbanisme en septembre pour réexaminer le dossier, tout en ayant anticipé cette opposition par la transmission d’un calendrier procédural. Cette stratégie d’attente révèle soit une confiance dans ses arguments juridiques, soit une résignation face à l’ampleur du front adverse qui s’est constitué autour de ce projet d’aménagement.
© Photo Ville du Coteau.

