© Anthony Sion
Elle a débuté bien après la vente de l’entreprise historique des frères Paire en 1997, mais elle s’est transformée au fil du temps en véritable feuilleton judiciaire. En 2023, le tribunal de commerce de Roanne a tranché : les sociétés des frères Paire n’ont plus le droit d’utiliser leur propre nom sur la façade et les documents de leur agence de Mably suite à la vente.
Pour la justice, le nom Paire fait partie des éléments commerciaux transmis lors de la vente de l’entreprise initiale. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement d’un patronyme, mais d’un actif économique. Son usage par une entreprise concurrente, surtout dans la même commune, est considéré comme une source potentielle de confusion pour la clientèle.
Une nouvelle agence trop proche pour OGF
Le conflit s’est ravivé lorsque les frères Paire ont ouvert une nouvelle agence de pompes funèbres à Mably, à seulement quelques centaines de mètres de celle exploitée par OGF. L’affichage du nom Paire en façade a immédiatement été perçu par le groupe comme une tentative de récupération de clientèle et une atteinte à la loyauté commerciale.
Le tribunal a estimé que cette situation avait porté préjudice au groupe OGF. Résultat : les sociétés SRI et PFP ont été condamnées à verser près de 600 000 euros, une somme calculée sur la baisse de chiffre d’affaires constatée sur plusieurs années. Une addition salée pour une affaire de… nom.
Si la justice n’a pas ordonné la fermeture de l’agence de Mably, elle a imposé une règle stricte : plus de Paire visible sur la devanture ou les documents commerciaux. Désormais, seuls les prénoms subsistent. Une manière pour les frères de rester présents sans enfreindre la décision judiciaire.
Jean-Luc Paire résume la situation avec amertume : il peut utiliser son nom ailleurs, mais pas à Mably. Une limitation qu’il juge injuste et qui illustre, selon lui, une atteinte à la liberté d’entreprendre. Les frères ont d’ailleurs réglé la somme exigée tout en envisageant encore une possible procédure d’appel.
Ce conflit est même cité dans un ouvrage consacré aux coulisses du secteur funéraire. Les auteurs y voient un exemple frappant de l’importance stratégique d’un nom commercial dans ce milieu, capable de déclencher des affrontements juridiques longs et coûteux.
Le livre souligne aussi la domination croissante de grands groupes comme OGF ou Funécap, qui concentrent une part importante du marché français. Dans cet univers, chaque enseigne, chaque nom et chaque façade représentent une valeur économique majeure.
À Mably, ce n’est pas seulement une affaire de pompes funèbres, mais une histoire de propriété, d’identité et d’argent. La justice a rappelé qu’un nom peut appartenir au commerce autant qu’à une famille. Et parfois, l’addition pour l’avoir affiché est plus lourde qu’un cercueil en chêne massif.

