Saint-Etienne : la date du 11 mai est-elle bien raisonnable?

Le pré­sident Emmanuel Macron a des­si­né le début pro­gres­sif d’un décon­fi­ne­ment à par­tir du 11 mai. Si le calen­drier semble rai­son­nable aux scien­ti­fiques et soi­gnants, ils alertent sur la néces­si­té d’ac­com­pa­gner cette sor­tie de mesures rigou­reuses per­met­tant d’en­di­guer le risque d’une pos­sible deuxième vague de l’é­pi­dé­mie de Covid-19.

“L’épidémie com­mence à mar­quer le pas” et “l’es­poir renaît”. Le pré­sident fran­çais Emmanuel Macron a annon­cé lun­di soir un début pos­sible de décon­fi­ne­ment en France à par­tir du 11 mai. “Rien n’est acquis”, a tou­te­fois sou­li­gné le chef de l’Etat, rap­pe­lant que cette fin de confi­ne­ment devait s’ac­com­pa­gner de mesures res­tric­tives afin d’é­vi­ter l’ap­pa­ri­tion d’une deuxième vague épi­dé­mique du Covid-19.

Cette sor­tie sera pro­gres­sive: les écoles Stéphanoise rou­vri­ront peu à peu à par­tir du 11 mai, mais les bars, res­tau­rants ou ciné­mas comme l’Alhambra ou Le Camion Rouge; res­te­ront fer­més jus­qu’à nou­vel ordre, tout comme les fron­tières avec les pays non-euro­péens. Les évé­ne­ments ras­sem­blant beau­coup de public seront éga­le­ment inter­dits au moins jus­qu’à mi-juillet. Le fes­ti­val d’Avignon a par exemple annon­cé l’an­nu­la­tion de son édi­tion 2020.

Des res­tric­tions pour accom­pa­gner le déconfinement

“C’est l’at­ti­tude la plus logique que nous a pro­po­sée le pré­sident de la République”, a esti­mé ce mar­di sur BFMTV Christian Bréchot, viro­logue, ancien direc­teur de l’Inserm (l’Institut natio­nal de la san­té et de la recherche médi­cale) et de l’Institut pas­teur. “On est dans une situa­tion où glo­ba­le­ment cette épi­dé­mie donne des pre­miers signes d’é­vo­lu­tion favo­rable, mais il faut être très pru­dent”.

Si le mois de confi­ne­ment sup­plé­men­taire impo­sé aux Stéphanois semble rai­son­nable, pour le viro­logue, “il est hors de ques­tion de bais­ser les gardes. Il faut pré­voir la suite. La suite elle peut se baser sur la stra­té­gie qu’a pro­po­sé le pré­sident de la République, à condi­tion qu’on soit extrê­me­ment rigou­reux sur les masques, les tests diag­nos­tics, le lavage des mains et le res­pect des dis­tances”, explique-t-il. 

La levée du confi­ne­ment sans stra­té­gie de sor­tie entraî­ne­rait une deuxième vague écra­sant lar­ge­ment le sys­tème de san­té”, écrivent des cher­cheurs, dans une étude publiée dimanche, éva­luant les impacts de dif­fé­rents scé­na­rios de décon­fi­ne­ment en Ile-de-France. Elle a été menée conjoin­te­ment par l’Inserm, l’Institut Pierre Louis d’épidémiologie et de san­té publique et Médecine Sorbonne Université.

Dépistages, masques et isolement

Avec l’an­nonce du 11 mai, Emmanuel Macron a en effet dérou­lé plu­sieurs mesures qui devront accom­pa­gner la sor­tie pro­gres­sive du décon­fi­ne­ment, et a rap­pe­lé qu’il fau­drait conti­nuer à bien res­pec­ter les gestes bar­rières à Saint-Etienne et dans la Loire, du lavage fré­quent des mains à la dis­tan­cia­tion sociale. Une aug­men­ta­tion du nombre de dépis­tages du coro­na­vi­rus est éga­le­ment pré­vue: “Le 11 mai, nous serons en capa­ci­té de tes­ter toute per­sonne pré­sen­tant des symp­tômes”, a‑t-il décla­ré. Ceux qui seront tes­tés posi­tifs seront mis ensuite en qua­ran­taine, une stra­té­gie nou­velle pour la France.

Il va fal­loir dépis­ter de façon beau­coup plus fine et pré­cise que ce que l’on fai­sait jus­qu’à main­te­nant, de façon à aller tra­quer le virus jusque dans les com­mu­nau­tés, dans les familles et les envi­ron­ne­ments de per­sonnes qui sont infec­tées afin de cou­per ces chaînes de trans­mis­sion”, pré­vient Olivier Bouchaud.

Quant aux masques de pro­tec­tion, ils “pour­raient deve­nir sys­té­ma­tiques” dans “cer­taines situa­tions”, comme les trans­ports en com­mun, a détaillé Emmanuel Macron lun­di. A par­tir du 11 mai, un “masque grand public” sera dis­po­nible pour chaque Français, a‑t-il éga­le­ment assu­ré, sans plus de pré­ci­sion sur la nature exacte de ce masque. Interrogé sur BFMTV mar­di, Jean Rottner, pré­sident LR de la région Grand Est et méde­cin urgen­tiste, a poin­té du doigt “l’é­bauche encore trop timide d’une stra­té­gie des masques, qui n’est pas encore suf­fi­sante ou suf­fi­sam­ment mas­sive à mon goût”.

Le port ou non du masque par le grand public a été débat­tu à plu­sieurs reprises depuis le début de l’é­pi­dé­mie dans la Loire, sur fond de pénu­rie, deve­nue le sym­bole de cette crise sani­taire. Déconseillé à la popu­la­tion au début de l’é­pi­dé­mie, le gou­ver­ne­ment a peu à peu inflé­chi sa posi­tion sur le sujet, à mesure que les méde­cins sou­li­gnaient l’ef­fi­ca­ci­té du masque, même par­tielle. L’Académie de méde­cine a jugé début avril qu’un masque “grand public” devrait être ren­du obli­ga­toire pour les sor­ties pen­dant et après le confinement.

La crainte d’une deuxième vague dans les écoles

Si les bars Stéphanois, les ciné­mas comme l’Alhambra, res­tau­rants ou hôtels res­te­ront fer­més au-delà du 11 mai, en revanche, les crèches, écoles, col­lèges et lycées rou­vri­ront “pro­gres­si­ve­ment” à par­tir de cette date, a annon­cé le chef de l’Etat lun­di soir. Une déci­sion rapi­de­ment cri­ti­quée, et qui inquiète notam­ment les parents d’é­lèves et les professeurs.

“Rester à un mètre les uns des autres quand on est plus de 25 dans une classe ça me semble vrai­ment com­pli­qué, et puis faire por­ter des masques aux ensei­gnants soit, mais à tous les élèves… On a déjà du mal à leur faire se laver les mains”, témoigne sur BFMTV Anne, pro­fes­seure des écoles.

“C’est tout sauf sérieux de rou­vrir les écoles le 11 mai car on nous dit que tous les lieux publics sont fer­més, les ciné­mas, les salles de spec­tacle, mais pas les écoles, alors que l’on sait que c’est un lieu de haute trans­mis­sion, de haute conta­mi­na­tion, il y a un manque de pré­cau­tion, ça paraît être en contra­dic­tion totale avec le reste”, a réagi auprès de l’AFP Francette Popineau, secré­taire géné­rale du Snuipp-FSU, pre­mier syn­di­cat du primaire.

On sait actuel­le­ment que les enfants Ligériens “font des formes mineures (de coro­na­vi­rus), les formes graves sont très rares, donc pour les enfants il n’y a pas de pro­blème par­ti­cu­lier. Le pro­blème bien sûr c’est le fait d’être por­teur sain et de trans­mettre vers les parents et sur­tout les grands-parents”, explique mar­di le méde­cin Alain Ducardonnet, le consul­tant san­té de  BFMTV.

L’étude pré­dic­tive de l’Inserm menée sur l’Île-de-France, encou­ra­geait d’ailleurs plu­tôt à lais­ser les écoles fer­mées jus­qu’à l’é­té. “La réou­ver­ture des écoles à l’au­tomne / hiver devrait être explo­rée dans les mois qui suivent, une fois l’impact” des autres res­tric­tions éva­luées, est-il même conseillé.

“Le gou­ver­ne­ment aura à amé­na­ger des règles par­ti­cu­lières” a recon­nu Jean-Michel Blanquer ce mar­di matin, pré­ci­sant que la “façon de faire” va s’é­la­bo­rer au cours des deux pro­chaines semaines”. 

Un retour à la nor­male pas pour tout de suite

“Il me semble que tout cela est un com­pro­mis accep­table”, déclare mal­gré tout Olivier Bouchaud, inter­ro­gé sur les mesures concer­nant la réou­ver­ture des écoles. Ce “sachant qu’en fonc­tion de l’é­vo­lu­tion tout est révi­sable à tout moment si jamais il y avait des sur­prises, notam­ment dans le mau­vaise sens”.

Parmi les craintes des scien­ti­fiques, la faible immu­ni­té de la popu­la­tion fran­çaise actuel­le­ment. “L’immunité de la popu­la­tion en géné­ral est rela­ti­ve­ment faible”, pré­vient par exemple Jean Rottner, “on est entre 10 et 15% pour les plus opti­mistes”. Or, il faut qu’entre 50 et 70% de la popu­la­tion soit immu­ni­sée pour pou­voir réel­le­ment blo­quer une résur­gence de l’épidémie.

Ainsi, si Emmanuel Macron a mar­te­lé la date du 11 mai dans son allo­cu­tion lun­di soir, la France n’est pas à l’a­bri d’une rechute qui pour­rait modi­fier le calen­drier du gou­ver­ne­ment — Christophe Castaner a d’ores et déjà pré­ci­sé ce mar­di matin que cette date n’é­tait pas une “cer­ti­tude”, mais un simple “objec­tif”. Et même si le décon­fi­ne­ment est fina­le­ment mis en place le 11 mai, “on va vivre pen­dant long­temps en devant en fait anti­ci­per le risque d’une épi­dé­mie” nou­velle, pré­vient Christian Bréchot.

Arthur BA

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