C’est la fin d’un équipement qui n’aura pas résisté très longtemps aux conditions extérieures. Installées en 2018 dans les neuf cimetières municipaux de Saint-Étienne, les bornes numériques interactives ont progressivement cessé de fonctionner. Leur mission était pourtant simple : permettre aux visiteurs de rechercher le nom d’une personne décédée et de retrouver l’emplacement de sa tombe grâce à un plan numérique. Ces installations devaient également faciliter l’accès à différentes informations pratiques concernant les concessions funéraires et les démarches administratives. Mais après quelques années d’utilisation, les équipements ont commencé à présenter des dysfonctionnements. Leur exposition permanente à la pluie, aux variations de température et à l’humidité a progressivement détérioré les écrans et les composants.
Les bornes n’étaient pas suffisamment adaptées à une installation prolongée en extérieur. Face à leur dégradation, la Ville a finalement choisi de ne pas poursuivre leur exploitation. La solution retenue repose désormais sur des supports beaucoup plus simples, ne nécessitant ni écran tactile ni alimentation électrique.
Un investissement initial de plus de 32 500 euros
Le bilan financier de ces équipements explique également le changement de stratégie. Selon les données transmises par la municipalité le 28 octobre 2026, neuf bornes avaient été installées en 2018 pour un coût total de 32 546,40 euros. Chaque appareil représentait donc un investissement d’environ 3 616 euros. À cette première dépense se sont ajoutées plusieurs interventions techniques. Au cimetière de Côte-Chaude, le remplacement d’un écran a coûté 3 102 euros en 2021. Une opération comparable a été réalisée à Montaud en 2022, pour 3 918 euros. Malgré ces réparations, le matériel a continué à se dégrader.
Une nouvelle intervention destinée à remettre les bornes en état aurait nécessité 14 518 euros, sans assurance de prolonger durablement leur fonctionnement. Le remplacement de sept équipements par des modèles réellement conçus pour résister aux intempéries aurait, quant à lui, représenté une facture de 65 536,80 euros TTC. Un montant important pour un service pouvant être proposé différemment. La Ville a donc privilégié une solution moins coûteuse, reposant sur des panneaux fixes et l’utilisation des téléphones portables des visiteurs.
Des QR codes pour retrouver rapidement une tombe
Le nouveau dispositif a été officiellement présenté lundi 26 octobre au cimetière du Crêt-de-Roc. Ce site historique, qui s’étend sur environ dix hectares, compte près de 12 500 sépultures. Il constitue l’un des ensembles funéraires les plus importants de Saint-Étienne. Dans un espace de cette dimension, retrouver une concession peut rapidement devenir compliqué, particulièrement pour les visiteurs qui ne connaissent pas l’organisation des différentes divisions. La nouvelle signalétique doit simplifier cette recherche. Installés progressivement à l’entrée des cimetières, les panneaux comprennent un QR code qu’il suffit de scanner avec l’appareil photo d’un smartphone. Le visiteur accède ensuite à un service numérique lui permettant de rechercher un défunt, de consulter sa localisation et d’obtenir des informations utiles pour s’orienter.
Le dispositif donne également accès aux démarches administratives liées aux cimetières municipaux. Cette solution présente plusieurs avantages : elle ne nécessite pas d’installation électronique complexe sur place, limite les besoins de maintenance et permet une consultation depuis un appareil personnel. Des plans classiques restent disponibles à l’entrée des cimetières pour les personnes qui ne possèdent pas de smartphone. Les agents municipaux peuvent également accompagner les visiteurs rencontrant des difficultés pour localiser une tombe.
Une signalétique pensée et réalisée à Saint-Étienne
Au-delà de leur fonction pratique, les nouveaux panneaux ont été imaginés pour s’intégrer visuellement dans les espaces funéraires. Leur silhouette évoque une feuille de chêne, avec une teinte verte légèrement bleutée. Cette identité graphique a été conçue par une designer stéphanoise, dans une volonté d’associer simplicité d’utilisation, esthétique et sobriété. Le choix d’une forme végétale fait écho à la nouvelle orientation environnementale des cimetières.
La signalétique sera progressivement étendue aux différents sites municipaux, notamment ceux de Côte-Chaude, Montmartre, Montaud, Valbenoîte, Terrenoire, du Soleil, de Saint-Victor-sur-Loire et de Rochetaillée. Les panneaux de grande taille seront principalement consacrés à l’orientation et à la recherche de sépultures. D’autres supports, plus discrets, permettront de découvrir l’histoire de certains monuments funéraires. Cette seconde utilisation donne une dimension patrimoniale au dispositif, en transformant les cimetières en lieux de découverte de l’histoire locale.
Les tombes remarquables de Saint-Étienne mises en valeur
Les cimetières stéphanois possèdent de nombreuses sépultures présentant un intérêt historique, artistique ou architectural. Certaines accueillent des personnalités ayant joué un rôle important dans le développement de la ville. D’autres se distinguent par leurs sculptures, leurs matériaux ou leurs caractéristiques architecturales.
Le cimetière du Crêt-de-Roc constitue un terrain particulièrement riche pour cette valorisation. Deux monuments figurent parmi les premiers à bénéficier de la nouvelle signalétique. Le premier est consacré à Michel Rondet, figure majeure de l’histoire syndicale et minière stéphanoise. Né en 1841 et décédé en 1908, il a marqué le mouvement ouvrier dans le bassin industriel de la Loire. Sa sépulture rappelle la place occupée par les mineurs dans les transformations sociales de Saint-Étienne à la fin du XIXe siècle.
Le second monument est celui de la famille Smith, remarquable par sa structure pyramidale en fonte. Datant du début du XIXe siècle, cet ouvrage témoigne du savoir-faire métallurgique et des traditions funéraires de l’époque. Protégé au titre des monuments historiques depuis 2011, il a récemment bénéficié d’une restauration spécialisée, réalisée dans des ateliers situés à Arles. L’intervention a reçu un accompagnement de l’État à travers les services chargés de la conservation du patrimoine.
Grâce aux nouveaux QR codes, les visiteurs pourront accéder à des informations historiques directement devant ces sépultures. À terme, plusieurs dizaines de monuments pourraient être identifiés dans les cimetières municipaux, avec une présence plus importante au Crêt-de-Roc en raison de la richesse de son patrimoine funéraire.
Une nouvelle politique écologique dans les cimetières stéphanois
L’installation des QR codes n’est qu’une partie des changements annoncés. La Ville de Saint-Étienne souhaite également transformer les méthodes d’entretien de ses espaces funéraires, en accordant davantage de place à la végétation spontanée. Jusqu’à présent, la présence d’herbe entre les pavés, au pied des monuments ou dans certaines parties des allées pouvait être considérée comme un défaut d’entretien.
La nouvelle approche consiste à distinguer les végétaux réellement gênants de ceux qui peuvent être conservés sans conséquence sur la circulation ou la préservation des tombes. Une plante qui pousse entre deux pierres pourra ainsi être maintenue lorsqu’elle ne présente aucun risque particulier. À l’inverse, les végétaux susceptibles d’endommager les maçonneries, de rendre les cheminements difficiles ou de masquer les inscriptions funéraires continueront à être retirés. Cette évolution s’inscrit dans une tendance plus large de gestion différenciée des espaces verts. Elle vise à réduire certaines interventions systématiques tout en favorisant la diversité des plantes et des insectes. Le respect des sépultures et les conditions d’accueil des familles restent cependant au centre des nouvelles consignes d’entretien.
Dix nouveaux arbres au Crêt-de-Roc cet hiver
La végétalisation doit également se traduire par de nouvelles plantations. Dix arbres sont annoncés au cimetière du Crêt-de-Roc au cours de l’hiver 2026-2027. À l’échelle des cimetières stéphanois, une quarantaine de plantations sont envisagées. Ces aménagements doivent contribuer à améliorer le confort des visiteurs, notamment pendant les épisodes de chaleur estivale. Dans les grandes villes, les surfaces minérales peuvent accumuler des quantités importantes de chaleur. Les arbres et les espaces végétalisés permettent de créer des zones ombragées et d’atténuer localement les températures. Les cimetières, souvent composés de vastes surfaces de pierre et de béton, sont particulièrement concernés par ces enjeux.
L’objectif est aussi de développer des espaces de promenade et de recueillement plus agréables, sans modifier leur vocation première. De nouveaux cheminements paysagers sont également à l’étude pour faciliter les déplacements au sein des différents sites. Cette transformation s’accompagne d’une évolution du regard porté sur les cimetières : au-delà de leur fonction funéraire, ils constituent aussi des espaces verts urbains susceptibles de jouer un rôle dans l’adaptation au changement climatique.
La Ligue pour la protection des oiseaux associée au projet
Pour accompagner cette démarche, la municipalité s’appuie sur un partenariat avec la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) de la Loire. L’objectif est de favoriser la biodiversité présente dans les cimetières en s’inspirant du programme national des Refuges LPO. Ce dispositif encourage la préservation d’espaces favorables à la faune sauvage, notamment aux oiseaux, aux insectes pollinisateurs et à d’autres espèces présentes dans les milieux urbains. L’adaptation de l’entretien, la diversité des plantations et la limitation de certaines interventions peuvent contribuer à renforcer ces habitats.
Dans un environnement urbain dense, les cimetières constituent parfois des zones de tranquillité relativement préservées. Ils peuvent accueillir des oiseaux nicheurs, des papillons, des abeilles sauvages et différentes espèces végétales. Leur gestion écologique représente ainsi un complément aux actions menées dans les parcs, jardins et autres espaces naturels de Saint-Étienne. Cette démarche repose toutefois sur un équilibre : préserver davantage de biodiversité sans compromettre l’accessibilité des lieux, leur sécurité ou le respect dû aux personnes enterrées.
Toussaint 2026 : des navettes gratuites vers six cimetières de Saint-Étienne
À l’occasion de la Toussaint, la Ville de Saint-Étienne reconduit son dispositif de transport gratuit vers plusieurs cimetières. Organisé avec la STAS, il permettra aux familles de se déplacer plus facilement samedi 31 octobre et dimanche 1er novembre 2026. Six cimetières sont concernés. Les dessertes seront assurées selon des horaires et des itinéraires spécifiques.
| Cimetière | Départ | Dates et premiers départs |
|---|---|---|
| Montmartre | Place Raspail | 31 octobre et 1er novembre, 14 h |
| Côte-Chaude | Place de la République, arrêt M7 | 31 octobre et 1er novembre, 14 h 15 |
| Crêt-de-Roc | Hôtel de Ville | 1er novembre, 9 h |
| Le Soleil | Square Violette | 1er novembre, 14 h 15 |
| Valbenoîte | Jean-Moulin, direction Arsac | 1er novembre, 14 h |
| Terrenoire | Arrêt de la ligne 20 | 1er novembre, 13 h 30 |
Les horaires détaillés des passages sont disponibles sur le site officiel de la STAS.
La gratuité de ces navettes doit notamment faciliter les déplacements des personnes âgées et des familles ne disposant pas d’un véhicule. Ce service permettra également de limiter le stationnement aux abords des cimetières pendant un week-end traditionnellement marqué par une forte affluence.
Des cimetières plus accessibles, moins coûteux à entretenir et plus végétalisés
La transformation engagée à Saint-Étienne repose sur plusieurs objectifs complémentaires : améliorer l’information des visiteurs, maîtriser les dépenses d’équipement et faire évoluer les pratiques d’entretien. Le remplacement des bornes électroniques par des QR codes constitue la mesure la plus visible de cette réorganisation. Mais les changements dépassent largement la question de la signalétique.
La valorisation des sépultures historiques doit permettre de mieux faire connaître le patrimoine funéraire stéphanois, tandis que les nouvelles pratiques de végétalisation visent à renforcer la place de la nature dans les espaces urbains. Le cimetière du Crêt-de-Roc, avec ses 12 500 tombes, apparaît comme le premier terrain d’application de cette politique.
À l’approche de la Toussaint, la Ville entend ainsi concilier les besoins des familles, la préservation des monuments et les exigences environnementales. Une nouvelle manière d’envisager les cimetières stéphanois, à la fois comme lieux de mémoire, espaces patrimoniaux et refuges de biodiversité au cœur de la ville.

