La pilule aurait pu être amère. Elle a été transformée en carburant. Dès le lendemain du premier tour, Siham Labich et ses proches ont décidé de structurer leur élan sous la forme d’une association loi 1901, baptisée Cœur stéphanois, dont elle a été élue présidente. Le choix de rester délibérément hors des étiquettes politiques traditionnelles n’est pas anodin : la campagne leur a appris que les partis constituent souvent un frein à l’engagement des habitants. Ce mouvement se veut donc citoyen, de terrain, de proximité.
En quelques semaines, 200 adhérents ont rejoint l’association, une trentaine issus de la liste de campagne, dont treize anciens adjoints, et le reste, des inconnus venus spontanément à l’assemblée générale. L’objectif affiché : atteindre 500 à 1 000 membres d’ici un an.
Une opposition sans siège au conseil
Cœur stéphanois ne siège pas dans l’opposition municipale officielle. Mais Siham Labich revendique pleinement ce positionnement atypique : forte de son expérience et de son expertise, elle entend peser par les idées plutôt que par les votes. Formuler des propositions concrètes, identifier les vrais enjeux du terrain, interpeller la majorité en place quand les choix lui paraissent discutables, sans tomber dans la critique systématique.
La nouvelle majorité de Régis Juanico bénéficie pour l’instant d’une période de grâce de cent jours, le temps que les élus, notamment les moins expérimentés, prennent leurs marques. Mais Siham Labich dit attendre du concret : sur la propreté, l’éducation, le logement, l’emploi. Elle cite en exemple la question des déchetteries, où la suppression du QR code d’accès lui semble une mesure simple et rapide pour lutter contre les dépôts sauvages.
Reconquérir les abstentionnistes
Saint-Étienne compte parmi les villes où l’abstention pèse le plus lourd, près d’un électeur sur deux ne s’est pas déplacé lors des dernières municipales. Pour Siham Labich dans les lignes du Progrès, ces absents ne se situent ni à droite ni à gauche : ils appartiennent à la société civile, désenchantés ou simplement déconnectés des enjeux locaux. Les ramener vers les urnes passe, selon elle, par la reconquête de la confiance, réunion par réunion, quartier par quartier, thème par thème, de la santé au harcèlement scolaire en passant par le cadre de vie.
Une trajectoire assumée malgré les attaques
La question de son passé au sein de la majorité Perdriau revient inévitablement. Siham Labich ne l’esquive pas. Elle revendique sa loyauté passée tout en rappelant qu’elle fait partie des élus qui ont pris leurs distances dès le jugement rendu en décembre. Sur les propos discriminatoires tenus à son encontre lors de cette même soirée, certains ayant prétendu que les Stéphanois ne seraient pas prêts à élire une femme avec des origines, elle répond par les chiffres de son score et par une détermination redoublée.
Cœur stéphanois ne compte pas s’arrêter aux portes de l’Hôtel de Ville. Les Législatives constituent la prochaine échéance, avec deux options sur la table : soutenir un candidat partageant les valeurs du mouvement, ou présenter ses propres candidats dans la Loire. Les Départementales suivront, avec là aussi l’ambition de porter ses propres couleurs.


