Le 23 septembre, à la demande du député de la Loire Pierrick Courbon, les représentants de Locales.tv, fédération des télévisions locales, ont été entendus à l’Assemblée nationale. Leur message : le secteur traverse de graves difficultés économiques et risque de perdre plusieurs chaînes dans les prochains mois ou les prochaines années.
Le fait que la profession en vienne à solliciter les parlementaires pour sa survie pose une question de fond. Quand un modèle économique ne tient plus que par l’espoir d’aides nouvelles, sa viabilité est en cause.
Des coûts qui montent, des ressources qui s’érodent
Le constat dressé lors de cette audition est celui d’un étau. D’un côté, les coûts de fonctionnement augmentent, notamment les déplacements des équipes sur le terrain, indissociables d’une information de proximité en images. De l’autre, les ressources du secteur reculent.
Or une télévision locale ne peut pas réduire la voilure comme un site d’information. Produire des images exige des journalistes reporters d’images, du matériel, de la diffusion et une présence physique sur le territoire. Ces charges sont difficilement compressibles, alors que le public et les annonceurs se détournent progressivement de la télévision linéaire au profit du numérique.
Le recours aux financements publics : remède ou aveu ?
Pour sortir de l’impasse, le député défend une reconnaissance nationale de l’intérêt général des télévisions locales. Elle ouvrirait de nouvelles possibilités de financement, et il espère voir des aides inscrites au budget 2027.
C’est là que le débat devient légitime. Un secteur dont l’équilibre dépend d’une ligne budgétaire ajoutée en urgence est structurellement dépendant. Plusieurs questions se posent :
- Quelle part de leurs revenus les chaînes tirent-elles aujourd’hui de la publicité, de l’audience et des subventions ?
- Une aide supplémentaire comblerait-elle un déficit passager ou financerait-elle un déséquilibre durable ?
- À budget public contraint, pourquoi privilégier ces chaînes plutôt que d’autres médias de proximité ?
Une crise qui dépasse la télévision
L’élu rattache lui-même la situation à une crise plus large de l’information locale. Il cite les difficultés de la presse écrite, en particulier celles du groupe Ebra, propriétaire du Progrès. Pour lui, c’est toute l’information de proximité qui est menacée.
Cet aveu relativise l’idée d’un problème propre aux chaînes locales. Si la presse régionale elle-même fragilise ses équilibres, c’est que l’érosion des recettes publicitaires et des usages touche tout le secteur. Les télévisions locales, plus coûteuses à produire et à diffuser, sont plus exposées encore.
Ce que répondent les défenseurs du secteur
Pour être complet, il faut rappeler les arguments inverses. Les défenseurs des télévisions locales soulignent qu’elles couvrent l’actualité du territoire, valorisent les initiatives associatives et nourrissent le débat démocratique, notamment en période électorale. Ils estiment que cette mission relève de l’intérêt général et qu’elle justifie un soutien public, comme pour d’autres services d’information. Pour eux, la fragilité économique ne prouve pas l’inutilité, mais l’insuffisance des moyens accordés.

