Le 21 août 2023, dans un hôtel de la place Massenet à Saint-Étienne, Hussam Al Dandachi, alors âgé de 71 ans, abattait sa maîtresse de deux balles, l’une dans la poitrine, l’autre dans la tête, au moment où elle mettait fin à leur relation. La scène, intégralement captée par les caméras de surveillance de l’établissement, ne laissait aucune place au doute sur les faits. C’est sur le terrain de la responsabilité pénale et de l’état mental de l’accusé que s’est joué ce procès aux assises de la Loire.
La défense du trouble mental, un pari risqué
Tout au long des débats, la défense, assurée par Me André Buffard, a tenté d’instiller le doute sur l’état psychique de l’accusé au moment des faits. Al Dandachi affirmait avoir entendu une voix lui ordonner de prendre son arme et de tirer. Un argumentaire suffisamment troublant pour que la présidente, Valérie Sagné, ajoute la question de l’altération du discernement aux délibérations du jury. Mais les deux experts psychiatres entendus à l’audience ont maintenu leur position : aucun élément ne permettait de caractériser un trouble mental aigu. Ces manifestations pouvaient davantage s’apparenter à une stratégie de mise à distance psychologique avec l’acte commis.
La perpétuité réclamée, le passé de l’accusé invoqué
L’avocate générale Manon Fauriel a frappé fort dans ses réquisitions, qualifiant le crime de règlement de comptes et d’exécution froide et prémédités. Elle a relevé qu’Al Dandachi s’était rendu au rendez-vous avec une arme chargée et onze munitions en poche, qu’il avait attendu calmement en commandant une boisson avant de tirer, ne laissant à sa victime aucune chance de réagir. Elle a requis la réclusion criminelle à perpétuité, peine maximale en droit français, sans possibilité d’aménagement avant dix-huit ans.
Face à elle, Me Buffard a plaidé l’incomparabilité de son client avec les grands criminels de droit commun, soulignant le parcours de vie d’un homme connu et estimé à Saint-Étienne, ancien propriétaire de deux brasseries du centre-ville, décrit comme un père exemplaire. Il a insisté sur l’incohérence du comportement, tuer sous les caméras, sans chercher à fuir, comme possible signe d’un discernement aboli.
La rage de perdre, selon l’expert
L’avocat des parties civiles, Me Rémi Bertrand, a dressé un portrait glaçant des derniers instants de Lydia, pointant la lucidité froide d’un homme qui sentait le poids des munitions dans sa poche avant de passer à l’acte. Un médecin psychiatre interrogé en audience a apporté un éclairage clinique : ce type de crime peut relever de ce que la psychiatrie nomme la rage narcissique, la fureur de perdre l’être aimé comme objet de possession.
Après trois heures de délibéré, la cour d’assises a condamné Hussam Al Dandachi à trente ans de réclusion criminelle pour assassinat avec préméditation. L’altération du discernement a été rejetée par le jury.


