Le 19 mai, pour la Journée mondiale contre l’homophobie, la transphobie et la biphobie, un passage piéton arc-en-ciel était inauguré à Saint-Étienne. À peine relayée sur les réseaux sociaux par la préfecture et la mairie, la publication était submergée par des centaines de messages d’une rare violence : appels à la mort, images de violence, propos dégradants. D’autres commentaires minimisaient les violences subies par les personnes LGBTQIA+ ou les noyaient dans le relativisme.
Une réaction qui ne surgit pas du néant. En France, le ministère de l’Intérieur a recensé 4 945 infractions anti-LGBT en 2025, en hausse de 2 %, dont 64 % constituent des crimes et délits, une augmentation de 4 % en un an. Ces actes se produisent dans l’espace public, en milieu résidentiel et en milieu scolaire.
Dans le département, les incidents se sont multipliés ces dernières années. Lors de la Marche des fiertés stéphanoise de 2024, un homme avait agressé verbalement l’organisateur et sexuellement trois femmes en marge du défilé. En juin 2025, un habitant de la Loire était condamné par le tribunal de Saint-Étienne pour des insultes homophobes envers son voisin. Des guets-apens tendus à des homosexuels par des jeunes pour les violenter et les voler avaient également été documentés.
La préfecture hausse le ton
Face à l’ampleur des réactions en ligne, la préfecture a d’abord procédé à des signalements sur la plateforme Pharos. Puis le préfet François-Xavier Bieuville a décidé d’aller plus loin, en adressant un signalement formel à la procureure de la République au titre de l’article 40 du Code de procédure pénale, qui impose à tout fonctionnaire ayant connaissance d’un crime ou délit d’en informer sans délai le parquet. L’objectif : identifier et poursuivre les auteurs des publications délictuelles.
« On s’attendait à ces commentaires »
Edward Reynaud, président de Fierté Saint-Étienne, ne se dit pas surpris par la virulence des réactions. Il se félicite en revanche de ce premier geste symbolique de la nouvelle municipalité envers les associations LGBTQIA+, après des années de faible visibilité. Il rappelle toutefois le contexte local : aux dernières municipales, le candidat du Rassemblement national a recueilli 27 % des suffrages stéphanois.
Ce samedi 6 juin, la quatrième édition de la Marche des fiertés de Saint-Étienne s’élancera à 15 heures depuis la place Chavanelle. Organisée par une soixantaine de bénévoles sans subvention, elle réunit habituellement 3 000 personnes. En fin de parcours, un village associatif d’une vingtaine de structures et un drag show sont prévus place Jean-Jaurès.


