18 mois ferme pour le père Peyrard

Il aura fal­lu des heures de débats et la suc­ces­sion de mul­tiples témoi­gnages, ter­ribles et acca­blants, pour qu’il affiche un sem­blant de regrets, une part d’émotion, et livre de brèves expli­ca­tions sur ses mul­tiples abus pré­su­més.

Ce mar­di, trois ans de pri­son, dont 18 mois ferme, ont été requis à l’encontre de Régis Pey­rard, un ancien prêtre de 85 ans jugé devant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Saint-Etienne (Loire) pour « agres­sion sexuelle sur mineur ». Appa­ru le regard bais­sé dans la salle d’audience pleine à cra­quer, l’ex-homme d’Eglise n’a pas tar­dé à rele­ver la tête, lais­sant devi­ner, der­rière une allure de vieillard, le cha­risme, l’autorité, la pres­tance décrite par sa vic­time.

Une vic­time non pres­crite mais de mul­tiples autres agres­sions rela­tées

Face à ce Ligé­rien de 37 ans, le seul sur des dizaines de vic­times pré­su­mées pour lequel les faits repro­chés ne sont pas pres­crits, l’ancien curé n’a pas contes­té les attou­che­ments. Pas plus qu’il n’a nié les agres­sions sexuelles, les assauts pédo­philes racon­tés à la barre par des vic­times, pres­crites certes, mais citées par le par­quet pour venir étayer leurs récits.

Des témoi­gnages gla­çants et détaillés, « des mains dans le cale­çon », « sur le sexe », « sur les fesses », des étreintes, des caresses, révé­lant, sur des décen­nies d’écart, le mode opé­ra­toire de l’ancien curé, qui a recon­nu des pul­sions et a admis s’être atta­qué à des enfants « par sur­prise ».

« Je ne conteste pas les faits, par contre je ne sais pas jusqu’où ça a pu aller », a expli­qué l’ancien curé face à sa plus récente vic­time. « Je recon­nais, mais je ne me sou­viens plus bien », a-t-il répé­té à plu­sieurs reprises face aux hommes venus témoi­gner du cal­vaire subi à la cure, à l’aumônerie ou dans un cha­let de Savoie où pen­dant vingt ans l’ancien curé a orga­ni­sé des colo­nies d’ados.

« Une amné­sie sélec­tive »

Régis Pey­rard a en revanche fer­me­ment contes­té le viol rela­té à la barre par un sexa­gé­naire, dont le récit a gla­cé la salle d’audience. « Vous faites preuve d’une amné­sie sélec­tive. J’ai des aveux très cir­cons­tan­ciés sur des faits pres­crits et pas cir­cons­tan­ciés sur des faits qui ne sont pas pres­crits », a regret­té le pro­cu­reur de la Répu­blique, en met­tant Régis Pey­rard face à ses res­pon­sa­bi­li­tés.

« Lorsque vous avez déra­pé la pre­mière fois et fait votre pre­mière vic­time, vous saviez que vous n’étiez pas le plus fort. Il était de votre res­pon­sa­bi­li­té de prendre vos dis­po­si­tions à ce moment-là et de ne plus être dans une stra­té­gie de contacts per­ma­nents avec des enfants », a sou­li­gné le pro­cu­reur.

« Je suis un salaud », déclare l’ancien curé

« Aujourd’hui, c’est à Régis Pey­rard de per­mettre aux vic­times de renaître et de retrou­ver le che­min de l’apaisement », a sou­li­gné Jean San­nier, l’avocat de la par­tie civile. Accu­lé, l’ancien curé a fini par cra­quer, un peu, devant ses vic­times. « J’en tire la consé­quence que je suis un salaud. J’ai fait des gestes que je ne croyais pas si dif­fi­ciles pour eux. Mais je m’aperçois que cela leur a fait beau­coup de mal. Je le regrette et je demande par­don », a décla­ré l’ancien aumô­nier.

Des excuses tar­dives et pous­sives aux­quelles l’un des témoins a rétor­qué, non sans un brin d’humour : « Je mets mon par­don en déli­bé­ré ». Tout comme le juge­ment, qui doit être ren­du le 21 décembre.



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