L’été 2025 a été le quatrième plus chaud enregistré depuis 1900. Une tendance qui ne devrait pas s’inverser. Selon les projections de Météo France, la température annuelle moyenne en France pourrait progresser de 1,5 °C d’ici 2030. À Saint-Étienne, les scénarios sont encore plus préoccupants : selon les modélisations, le mercure estival pourrait dépasser de 1,1 à 2,2 °C les normales actuelles. En hiver, les gelées reculeront également, passant d’une soixantaine de jours à une cinquantaine en moyenne.
Mais c’est l’été qui concentre les inquiétudes. Les journées franchissant les 35 °C, jusqu’ici rarissimes, pourraient devenir une réalité régulière : de une par saison aujourd’hui, elles pourraient passer à quatre, voire huit selon les projections les plus pessimistes. Les nuits dites « tropicales », où la température reste au-dessus de 20 °C, seraient également plus fréquentes jusqu’à neuf à douze par an contre bien moins aujourd’hui.
L’îlot de chaleur urbain, un amplificateur redoutable
À ces hausses générales s’ajoute un phénomène propre aux villes : l’effet d’îlot de chaleur urbain (ICU). Le béton, le bitume et les façades accumulent la chaleur solaire dans la journée pour la restituer progressivement la nuit, empêchant toute fraîcheur. Voitures et climatisations participent elles aussi à l’emballement thermique local.
À Saint-Étienne, après une journée estivale ensoleillée, les nuits en ville peuvent être jusqu’à 4,1 °C plus chaudes que dans les campagnes alentour. Un différentiel notable, qui place la ville dans la moyenne haute des grandes agglomérations françaises, derrière Lyon (+4,6 °C) et Grenoble (+5,6 °C), mais devant de nombreuses autres.
Un hypercentre encore trop minéral
La physionomie de certains quartiers centraux ne facilite pas la dissipation de la chaleur. Plusieurs places emblématiques — Hôtel-de-Ville, Dorian, Chavanelle, Fourneyron — restent très largement imperméabilisées et peu ombragées, transformant les promenades estivales en épreuve. D’autres secteurs, comme les places Jean-Jaurès, Carnot ou Waldeck-Rousseau, dotées d’arbres matures et de points d’eau, offrent en revanche un réel confort thermique. Le jardin Eden, aménagé durant le mandat en cours, constitue un autre exemple de réponse végétale en cœur de ville. Sur la mandature écoulée, 4 000 arbres ont été plantés dans les différents quartiers de la commune, un effort réel mais qui devra s’amplifier.
Végétalisation, eau, matériaux : les solutions existent
Bonne nouvelle selon Nicolas Beaurez, responsable de la mission résilience et transitions climat au Cerema : face au défi climatique, les collectivités ne sont pas sans ressources. La plantation d’arbres, même en bac, produit des effets mesurables sur la température ressentie. À condition de sélectionner les bonnes essences, de les entretenir correctement et de les implanter de façon réfléchie : « c’est une vraie ingénierie », rappelle le spécialiste.
L’eau joue également un rôle rafraîchissant appréciable, via les fontaines ou les miroirs d’eau. L’urbanisme lui-même peut être repensé : désimperméabilisation des sols, choix de matériaux clairs moins absorbants, voiles d’ombrage, toitures et façades végétalisées sont autant de leviers disponibles.
Le défi du bâti : 10 % des logements en passoire thermique
L’isolation des logements constitue un autre front majeur. Selon l’Ademe, près d’un logement stéphanois sur dix est classé F ou G au diagnostic de performance énergétique — des habitations qui se transforment en véritables bouilloires dès que les températures grimpent. Rénover ce parc, c’est à la fois réduire les consommations d’énergie et améliorer significativement le confort des occupants durant les vagues de chaleur. « C’est un retour sur investissement flagrant », souligne Nicolas Beaurez.
2026-2031 : une mandature décisive pour l’avenir thermique de la ville
Le ou la futur(e) maire élu(e) fin mars héritera de ce dossier brûlant — au sens propre comme au figuré. Pour l’expert du Cerema, le prochain mandat sera déterminant : les investissements sont lourds, ils doivent s’inscrire dans le temps long, et chaque année perdue se paiera plus cher. « Quand il fait entre 35 et 40 °C, ça peut devenir mortel. Adapter la ville, c’est au-delà du confort. » Saint-Étienne dispose toutefois d’atouts propres : son relief collinaire favorise la ventilation naturelle, son altitude modère les excès thermiques, et ses 720 hectares d’espaces verts constituent une réserve de fraîcheur précieuse. Des ressources à mobiliser sans attendre.


