Le procureur André Merle n’y va pas par quatre chemins dans son réquisitoire. Face au prévenu, il martèle son incompréhension : comment peut-on ignorer un refus de permis de construire prononcé en 2022 ? Cette pédagogie judiciaire vise à rappeler que les décisions administratives ne se contournent pas impunément.
L’homme mis en cause avait bénéficié d’une donation lui permettant d’acquérir cette ancienne bergerie d’altitude. Son intention affichée : restaurer le bâtiment pour retrouver sa vocation pastorale d’origine. Un projet louable en apparence, mais dont l’exécution a déraillé.
Des travaux contestés en zone protégée
Malgré le refus municipal, le propriétaire a créé un chemin d’accès vers la jasserie. Sa défense ? Cette voie respecterait la perméabilité des sols et ne dégraderait pas le site. Il assure n’avoir jamais eu l’intention de détourner l’eau à des fins personnelles, se présentant comme un conservateur du patrimoine plutôt qu’un exploitant.
Cette version des faits ne convainc nullement les associations environnementales mobilisées. L’Association pour la protection de la nature, la Fédération de la Loire pour la pêche, France Nature Environnement et le Club de pêche sportive Forez-Velay dénoncent une atteinte grave à un écosystème fragile.
Les défenseurs de l’environnement dressent un constat alarmant. La tourbière aurait subi des dommages partiels suite aux aménagements réalisés. Cette zone humide classée Natura 2000 joue un rôle crucial dans la préservation des ressources hydriques régionales.
Leurs représentants dénoncent un préjudice écologique résultant de travaux qu’ils qualifient de conséquents. Selon eux, les interventions s’apparentent davantage à un forage dans la nappe phréatique qu’à une simple consolidation patrimoniale.
Une justification technique contestée
Le propriétaire persiste dans sa version des faits. Il revendique une approche de réparation patrimoniale raisonnée, utilisant des solutions techniques douces. L’eau n’aurait été mobilisée que pendant la phase de travaux, sans intention de captage permanent.
Il distingue ses interventions d’une construction moderne, les présentant comme une simple consolidation d’éléments existants. Cette rhétorique technique ne parvient pas à convaincre le magistrat, qui souligne l’absence d’autorisation préalable pour ces renforts.
Le procureur dénonce l’amateurisme
André Merle reconnaît la dimension sentimentale du projet familial, tout en refusant qu’elle excuse les violations légales. Il questionne la maîtrise technique revendiquée par l’accusé, notamment sa référence à »l’ingénierie douce popularisée par Jean-Marc Jancovici.
L’utilisation d’un engin de 1,7 tonne, même équipé de chenilles en caoutchouc, nécessitait des précautions particulières dans cet environnement sensible. Le magistrat reproche l’absence de vérifications préalables et le passage en force malgré l’interdiction formelle. Il requiert une amende de 4 000 euros.
Maître Élise Rey-Jacquot, avocate du propriétaire, développe une stratégie émotionnelle. Elle présente son client comme un amoureux de ces terres, porteur d’un projet multigénérationnel de conservation architecturale et paysagère.
L’histoire de la jasserie, qui servit de refuge aux résistants durant la Seconde Guerre mondiale, enrichit cette dimension patrimoniale. La défense dénonce les imprécisions procédurales et conteste la caractérisation de l’infraction, invoquant le principe du doute favorable à l’accusé.
Une décision attendue
Cette affaire illustre la tension croissante entre préservation du patrimoine bâti et protection des écosystèmes naturels. Le tribunal devra trancher entre l’intention conservatoire revendiquée et les dommages environnementaux allégués.
Le délibéré, fixé au 30 juillet, dira si la passion patrimoniale peut excuser le non-respect des procédures administratives en zone naturelle protégée. Cette décision pourrait faire jurisprudence pour des situations similaires dans les espaces Natura 2000.

