Chris(tine and the Queens) déploie ses ailes du désir

“J’avais envie d’ex­plo­rer mille façons de racon­ter le désir”: Christine and the Queens, deve­nue Chris d’une rature, revient avec un son qu’elle a vou­lu plus “flam­boyant” pour son deuxième album épo­nyme, reflet de sa mue vers un per­son­nage char­nel et puissant.

Quatre ans après “Chaleur humaine”, écou­lé à 1,3 mil­lion d’exem­plaires dans le monde dont 850.000 en France, la Nantaise aligne 12 titres dans la ver­sion fran­çaise de “Chris”, décli­né aus­si en anglais. “Cet album parle d’é­mo­tions beau­coup plus assu­mées, du désir comme force de désordre”, raconte à l’AFP la trentenaire.

C’est un album tra­ver­sé de sen­ti­ments contra­dic­toires et exa­cer­bés, très épi­der­mique, le son devait être à la hau­teur”, pour­suit ce phé­no­mène de la pop fran­çaise, salué par Madonna ou Elton John.

Musicalement, la pro­duc­tion vin­tage et syn­thé­tique ramène aux années 80 et au début des années 90, celles du groupe amé­ri­cain funk Cameo comme du Michael Jackson de la période “Dangerous”.

J’aime tou­jours tra­vailler une pro­duc­tion mini­ma­liste en musique. Mais je vou­lais quelque chose d’un peu plus char­nel, ryth­mé, flam­boyant.” Elle a écrit seule ses chan­sons, sur son ordi­na­teur, avant de se rendre à Los Angeles pour enre­gis­trer avec des musi­ciens de stu­dio ayant notam­ment tra­vaillé avec la chan­teuse d’Eurythmics Annie Lennox et Shuggie Otis, auteur d’une pépite soul mécon­nue “Inspiration Information”.

La méta­mor­phose est aus­si phy­sique. Exit les che­veux longs et le tailleur-pan­ta­lon, place à une che­mise ouverte sur un débar­deur, un anneau à l’o­reille, une coupe courte qui sou­ligne la mâchoire.

J’aime tra­vailler ma fémi­ni­té dans l’am­bi­va­lence”, explique Chris, Héloïse Letissier pour l’é­tat civil, qui se reven­dique “queer”, rebelle à la divi­sion binaire des genres.

 Éclatement volontaire 

Une posi­tion qui dérange plus dans son pays natal ? “Je trouve que oui”, répond la jeune femme. “En France j’ai la sen­sa­tion que je dois beau­coup expli­quer (…). En Angleterre, c’est plus fluide.”

Sa pro­chaine tour­née, qui débute en octobre, pas­se­ra par ces deux pays, ain­si qu’en Allemagne, Etats-Unis, Suède, Luxembourg, Pays-Bas, Belgique, Irlande et en Suisse.

Pour mettre au point ses concerts, celle qui vou­lait être met­teuse en scène puise son ins­pi­ra­tion dans le théâtre ou l’o­pé­ra. “Ça m’in­té­resse de tra­vailler une autre forme de spec­ta­cu­laire, pas for­cé­ment avec des grands écrans, des stro­bo­scopes et des paillettes”, argue-t-elle.

Autre élé­ment fon­da­teur, la danse, qui “est au centre de la per­for­mance”. “Il ne s’a­git pas de danse déco­ra­tive de pop mais de dire + cette chan­son parle de ça, com­ment on va le racon­ter ? +

Elle a tra­vaillé avec le col­lec­tif La Horde pour ses cho­ré­gra­phies. Ses fans ont eu un aper­çu du résul­tat lors d’un mini-concert récent à la salle Pleyel : un show puis­sant et par­fai­te­ment mil­li­mé­tré aux allures de comé­die musi­cale, six dan­seurs à l’appui.

Son uni­vers visuel est aus­si mar­qué par le ciné­ma : le clip de “Doesn’t mat­ter” ren­voie ain­si à la scène de danse des “Amants du Pont-Neuf” sous les feux d’artifice.

Autant les vidéos de “Chaleur humaine” étaient mar­quées par une cer­taine cohé­rence avec des décors mini­ma­listes, autant “là on est dans l’é­cla­te­ment et c’est volon­taire”, revendique-t-elle.

Avec le suc­cès phé­no­mé­nal de son pre­mier album, la chan­teuse se défend de s’être lais­sée gri­ser par la célé­bri­té et l’argent. “Il peut y avoir un effet eupho­ri­sant mais je ne l’ai pas eu, j’é­tais dans l’œil du cyclone et le tra­vail”, en pleine tour­née, se souvient-elle.

Je me méfie des ful­gu­rances”, pour­suit la petite-fille d’ou­vrier, qui recon­naît s’être “beau­coup ques­tion­née sur (son) milieu d’o­ri­gine, (ses) colères qui sont par­fois des colères de classe sociale”.

Donnez votre avis sur notre page Facebook



Les autres infos