Supporters of Lebanon's Shiite movement Hezbollah hold images of Iran's late founder of the Islamic Republic, Ayatollah Ruhollah Khomeini (L) and Iran's supreme leader Ayatollah Ali Khamenai, during celebrations marking the 40th anniversary of the Iranian revolution in the capital Beirut's southern suburbs on February 6, 2019. (Photo by ANWAR AMRO / AFP)
Septembre 1979. Ali a dix ans quand sa famille quitte l’Iran du jour au lendemain. Son père, parlementaire proche du gouvernement du Shah, figure sur des affiches placardées dans les rues de Téhéran comme ennemi du nouveau régime. La révolution islamique portée par l’ayatollah Khomeini vient de balayer le pays. Pour cette famille, rester, c’est risquer sa vie.
Le destin de vacanciers de la Côte d’Azur se transforme en exil définitif. « On est arrivés à Cannes car on connaissait déjà, on y venait en vacances avant. Cela devait être temporaire au départ », se souvient Karim. C’est finalement là qu’il rencontrera sa future femme, au collège. Après une mission professionnelle en région lyonnaise en 2008, la famille pose ses valises dans la Loire, à Roanne, où Karim vit depuis maintenant une quinzaine d’années.
Un frère sans nouvelles depuis des semaines
Quarante-six ans après le départ, les liens avec l’Iran restent vivaces mais douloureux. Karim maintient des contacts réguliers avec des cousins restés au pays, ainsi qu’avec un frère qu’il n’a pas vu depuis 34 ans. Mais depuis la répression des récentes manifestations, le silence s’est installé. Le dernier message reçu de son frère remonte au 17 février. Depuis, plus rien.
L’espoir d’un changement de régime
Les frappes militaires américano-israéliennes en cours depuis fin février et la mort de l’ayatollah Khamenei sont accueillis avec un sentiment mêlé de soulagement et d’espoir par le Roannais. Pour lui comme pour de nombreux Iraniens de la diaspora, la chute du régime islamique est un vœu ancien. « On espère ça depuis longtemps. Si le gouvernement tombe, on sera heureux », confie-t-il.
Mais Karim mesure aussi la complexité de l’après. Un changement de régime ne suffit pas à bâtir une démocratie. « Les Iraniens ne sont pas prêts pour une vraie démocratie tout de suite. Les gens ne sont plus habitués, il faudra du temps », analyse-t-il lucidement, soulignant que la plupart des figures dirigeantes ont été éliminées dès le début des opérations militaires.
Reza Pahlavi, une figure de transition ?
Pour Karim, la voie vers une transition ordonnée passe par une figure connue : Reza Pahlavi, fils du dernier Shah et principale incarnation de l’opposition iranienne en exil. « La seule solution, ce serait qu’il soit choisi pour mettre en place un système démocratique et une République », estime-t-il. Et d’ajouter avec une certaine ironie du destin : « On a quitté le pays à la même période, il y a près de 46 ans. De ce fait, je ne connais pas vraiment mon pays, et lui non plus. »
Entre deux rives, une vie française
Karim n’a jamais sollicité le statut de réfugié politique, contrairement à son père. Il dispose d’un titre de séjour de dix ans renouvelable et envisage aujourd’hui de demander la naturalisation française, motivé par un désir concret : pouvoir participer à la vie politique locale de Roanne.
Quant à un éventuel retour en Iran en cas de changement de régime, il balaie la question : « Ce n’est pas la question. J’ai vécu la plus grande partie de ma vie en France. » Un pays qu’il ne peut toujours pas rejoindre sans risquer l’arrestation, souvenir vivace d’une enfance arrachée il y a près d’un demi-siècle.


