L’aventure industrielle des halles Barrouin commence en 1865 sous l’impulsion de Charles Barrouin, ingénieur expérimenté et ancien dirigeant du Creusot. À 52 ans, cet entrepreneur visionnaire décide d’implanter une nouvelle manufacture spécialisée dans la fabrication de blindages et le forgeage de pièces métalliques de grandes dimensions.
Le choix de la plaine du Cros, future zone du Marais, s’avère stratégique grâce à sa proximité avec les infrastructures ferroviaires. Cette localisation facilite l’approvisionnement en matières premières et l’expédition des produits finis vers les clients.
Une influence déterminante sur l’urbanisme local
L’expansion rapide de l’usine Barrouin transforme profondément la physionomie du quartier dès les années 1910. L’entreprise devient le principal employeur local et structure l’ensemble de l’environnement urbain autour de ses activités.
Cette influence se matérialise par l’édification de logements ouvriers, d’équipements sociaux, d’ateliers annexes et même par l’impact sur la construction religieuse locale. Le rythme de vie du quartier s’organise entièrement autour des cadences industrielles de cette manufacture.
Un siècle de production métallurgique intensive
Pendant près de cent années, les installations de Barrouin fonctionnent en continu avec leurs aciéries, laminoirs, fonderies et tôleries. Cette production diversifiée alimente les commandes des ministères militaires, de l’industrie automobile naissante et des constructeurs de machines-outils.
La Première Guerre mondiale marque l’apogée de la métallurgie stéphanoise. Les besoins militaires exceptionnels justifient la construction d’une aciérie ultramoderne en 1916, implantée rue des Aciéries, derrière l’actuel stade Geoffroy-Guichard, décuplant les capacités de production d’armements.
Évolutions et restructurations successives
L’après-guerre voit l’intégration progressive de l’usine dans des groupes sidérurgiques d’envergure nationale comme Marine puis CAFL. Les techniques de fabrication se modernisent avec l’érection d’ateliers imposants qui contrastent avec les structures historiques.
La main-d’œuvre évolue également, intégrant des profils moins spécialisés tandis que l’entreprise diversifie sa production. Si les blindages militaires demeurent une spécialité reconnue, l’essor automobile offre de nouveaux débouchés pour les tôles Barrouin.
Déclin industriel et abandon du site
Le conflit de 1939-1945 relance temporairement les commandes militaires jusqu’au bombardement de 1944. La reconstruction nationale mobilise l’outil industriel, mais les restructurations se multiplient. Les fusions successives aboutissent à la création d’Ascométal en 1985, centrée sur les aciers spéciaux pour la construction mécanique.
Les années 1980 marquent la fin de l’ère métallurgique du Marais. Les ateliers se vident progressivement, transformant ce quartier industriel en vaste friche urbaine abandonnée aux intempéries et à la végétation sauvage.
Renaissance sportive dans les anciennes halles
La reconversion débute en 2022 avec l’installation de la salle d’escalade Climb up dans l’une des anciennes halles. La famille Arnaud, propriétaire des bâtiments, avait préalablement divisé l’ensemble architectural en plusieurs espaces indépendants.
Catherine et Rémi Salciccia, passionnés d’escalade et gestionnaires de Climb up, exploitent intelligemment les caractéristiques du bâtiment. La hauteur sous plafond et l’esthétique industrielle répondent parfaitement aux exigences de leur discipline tout en respectant les normes contemporaines de sécurité.
Cette réhabilitation s’inscrit dans un projet plus vaste baptisé Sport Factory qui rassemble plusieurs activités complémentaires. Urban Soccer propose du football à cinq en salle, Fast & Green développe le karting indoor tandis que Padel Shot combine padel et badminton.

