La chro­nique de Martial : nous vivons deux point zéro

L’être humain à ven­du son âme au diable en échange de quelques pixels. Nous ne jurons plus que par notre capi­tal image. Et très vite, les absents des réseaux sociaux et les anti­con­for­mistes sont mis au ban de la société.

Facebook c’est déjà pour les vieux. Instagram c’est pour les jeunes. Snapchat c’est pour faire croire aux autres que ce que tu es en train de faire est inté­res­sant. LinkedIn c’est pour les chô­meurs. Tweeter c’est pour ceux qui n’ont pas beau­coup à dire. Et TikTok c’est pour ceux qui s’en­nuient. En gros, ça résume le vide de sens qui nous enlise. On vit tout deux point zéro. On mange deux point zéro. On avale des plats ins­ta­gram­mables label­li­sés healthy. 

J’ai appris que mon ex m’a­vait offi­ciel­le­ment quit­té quand elle s’est mise en mode “céli­ba­taire” sur son pro­fil. Deux heures après, ça ne l’empêchait pas de s’af­fi­cher avec un autre type et de récol­ter un nombre incal­cu­lable de like de la part de ses amis. J’ai même été viré d’un job étu­diant quand mon employeur a consul­té une pho­to de moi en maillot de bain sur une plage alors que j’é­tais en arrêt maladie. 

Cette vitrine sociale n’est jamais que l’in­ter­face super­fi­cielle entre votre égo et le monde réel. Et même les vieux s’y mettent, dans leur course à l’é­ter­nelle jeu­nesse, pro­non­çant la phrase “On fait un sel­fie ?” à tout bout de champs, déses­pé­rés de ne pas savoir ce qu’est un screen­shot. Et leurs enfants de leur rap­pe­ler que scrol­ler un site de ren­contres avec une sou­ris c’est so has been ! Il existe même une expres­sion pour tour­ner en déri­sion les vieux : “Ok boomer”.

Les réseaux sociaux peuvent aus­si faire trem­bler un régime poli­tique avec l’é­mer­gence de mou­ve­ments contes­ta­taires tels que les gilets jaunes. C’est pour cela que Kim Jong Un n’en veut pas dans son pays. Si Lady Diana et Marilyn Monroe étaient encore de ce monde elles auraient plus de fol­lo­wers que Justin Bieber.

 Il existe doré­na­vant des cime­tières vir­tuels : quand un ami meurt on ne va plus sur sa tombe, on laisse un mes­sage sur son mur. Envoyer un mail à l’autre bout du monde et obser­ver ses frères et sœurs à table qui ne décrochent pas un mot. L’ère de demain sera celle de l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle et ceux qui n’au­ront pas un QI supé­rieur à 130 seront vite lar­gués. Le seul à qui vous ne pou­vez pas envoyer de mes­sage c’est Dieu. Il a bien un compte Facebook mais il ne vous répon­dra pas.

Martial Mossman

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