Anticor sera de nouveau présente à la barre du 8 au 12 juin à Lyon pour le procès de la sextape, comme elle l’était en première instance. La déléguée générale Inès Bernard et l’avocat de l’association Olivier Forray ne mâchent pas leurs mots : l’utilisation de fonds publics pour tenter de faire chanter un adversaire politique est qualifiée de scandaleuse, d’autant plus insupportable dans une ville où le taux de pauvreté reste particulièrement élevé.
Si les affaires mêlant politique et corruption ne sont pas une nouveauté, l’association cite le parallèle avec l’affaire du financement libyen où Nicolas Sarkozy, comme Gaël Perdriau, a tenté de reporter sa responsabilité sur son directeur de cabinet, le dossier stéphanois franchit un seuil supplémentaire. Le chantage à la sextape, le piège tendu à un élu dans son intimité pour négocier son retrait politique : pour Anticor, qui suit les affaires de corruption depuis 2002, c’est une première absolue.
Une gestion qualifiée de « mafieuse »
La formule d’Olivier Forray « nausée démocratique » résume l’état d’esprit de l’association face à ce dossier. Les faits, si définitivement avérés, traduisent selon Inès Bernard une gestion guidée par la soif du pouvoir et l’absence totale de sens moral, qui a confisqué pendant plusieurs années le jeu démocratique aux Stéphanois. Son avocat va plus loin : ce n’est pas seulement une atteinte à la probité, c’est une tentative de manipulation du scrutin électif, où tous les coups étaient permis pour éliminer un adversaire en amont.
Anticor rappelle qu’en première instance, le tribunal a reconnu le statut de victime de l’association et par là même l’atteinte portée à la démocratie. Elle entend en appel appuyer l’accusation sur la caractérisation du détournement de fonds publics, point sur lequel elle dispose d’une expertise reconnue grâce à son agrément anticorruption.
Le débat dépasse le prétoire. Interrogée sur le lien entre ce type d’affaires et la désaffection croissante des citoyens pour les urnes, Inès Bernard est catégorique : Anticor a précisément été fondée en 2002 en réaction à la montée de l’abstentionnisme, avec la conviction que la corruption des élus en est l’un des principaux moteurs. Olivier Forray, en tant que citoyen, pointe le séisme provoqué à Saint-Étienne et s’interroge sur la capacité à mobiliser durablement les habitants dans un processus démocratique après une telle affaire.
Un dossier qui pourrait faire date
Pour Anticor, ce procès a valeur de signal. Il démontre que les élus ne sont pas au-dessus des lois, que la justice peut et doit se saisir des affaires révélées par la presse indépendante, et que la peine d’inéligibilité constitue un outil indispensable pour écarter de la vie publique ceux qui ont trahi leurs fonctions. Les enregistrements audio et vidéo produits lors de l’instruction, jugés imparables, rendent selon la défense toute nouvelle lecture des faits en appel très difficile à concevoir.


