Photo d'lustration.
Une performance qui illustre une politique alimentaire ambitieuse, pensée comme un outil éducatif et social. Selon le premier palmarès des cantines bio publié par l’association Agir pour l’environnement, Saint-Étienne arrive en tête des villes françaises avec 74,5% de produits issus de l’agriculture biologique. La municipalité nuance même ce chiffre à la hausse, revendiquant 83% de bio et 72% de produits locaux dans ses assiettes.
Cette première place devance largement Périgueux (70,8%), Bordeaux (66,2%) et Lyon (58%). Un résultat d’autant plus remarquable que la ville dépasse très nettement le seuil légal de 20% de bio imposé depuis 2022 par la loi Égalim.
4 800 repas quotidiens en circuits courts
Chaque jour, la cuisine centrale de Saint-Étienne prépare et livre environ 4 800 repas dans les écoles de la ville. Un volume conséquent qui repose sur une organisation logistique rodée et des choix clairs en matière d’approvisionnement.
« La majorité des légumes, des produits laitiers et de la viande viennent de la Loire, de Brignais, de la Haute-Loire. Le plus lointain de nos fournisseurs vient du Haut-Rhin. Le pain, lui, vient directement de Saint-Étienne tous les matins », détaille l’adjointe en charge de l’éducation et de la jeunesse. Au-delà du bio, la ville mise ainsi sur des circuits courts et un ancrage territorial fort, transformant la commande publique en outil de soutien aux filières agricoles locales.
Des tarifs solidaires malgré l’inflation
La question du prix constitue un enjeu majeur de la restauration collective. À Saint-Étienne, les repas sont facturés entre 1,10 euro et 5,50 euros selon les revenus des familles. Des tarifs inchangés depuis 2022, malgré l’inflation galopante qui a frappé le secteur alimentaire. « Bien sûr, le repas nous coûte beaucoup plus cher, reconnaît t’il dans les lignes de nos amis du Progrès. Mais c’est un choix d’accepter d’allouer un budget suffisant. » Un choix politique clairement assumé qui permet de maintenir l’accessibilité tout en garantissant la qualité.
Les menus sont élaborés par une diététicienne, un repas entièrement végétarien est proposé chaque semaine, et cinq commissions de cantine annuelles permettent de réajuster la politique alimentaire en fonction des retours du terrain.
La cantine comme espace éducatif
À la cantine de la Jomayère, l’ambiance est joyeuse en ce mardi de carnaval. Certains enfants portent encore leurs déguisements tandis qu’ils circulent entre les comptoirs du mini-self, choisissant leurs entrées, légumes et desserts. Aujourd’hui, à l’exception du croque-monsieur, tous les produits proposés sont issus de l’agriculture biologique.
« On est très contentes de cette reconnaissance, explique l’agente en charge du temps méridien. Il y a les produits bio, mais aussi une vraie volonté d’éduquer les enfants à bien manger. » Une mission parfois délicate face aux préférences enfantines. « Ce qu’ils préfèrent, ce sont les frites et les pâtes, mais on essaie de leur faire goûter à tout. Cette semaine, on leur a cuisiné des panais du coin. » Marion, responsable de cantine, confirme : « Les panais ou les endives, je ne connais pas beaucoup d’adultes qui en mangent. Mais les enfants essaient et certains apprécient même. »
Le self qui fait grandir
Les enfants se servent désormais seuls dans le cadre d’une opération baptisée « le self qui fait grandir ». Objectif : les responsabiliser et les préparer à l’entrée au collège. Devant son assiette, Nahil ne répond même pas quand on lui demande son plat préféré. Il désigne son croque-monsieur, trop occupé à le dévorer. Dans son assiette, il n’a pas choisi entre la salade de blé bio et celle de lentilles : il a pris les deux. « Éduquer les enfants à bien se nourrir, ça passe aussi par la sensibilisation, les explications et les animations autour de l’alimentation », résume t’on dans le Progrès.
Un modèle qui fait école
Cette première place nationale met en lumière une approche globale où la cantine n’est plus seulement un lieu où l’on mange, mais un espace où s’apprend quotidiennement le goût du bien-manger. Entre bio, local, circuits courts, tarifs solidaires et dimension éducative, Saint-Étienne démontre qu’une restauration collective de qualité est possible à grande échelle.
Un exemple qui pourrait inspirer d’autres collectivités dans leur transition vers une alimentation plus durable et accessible, prouvant qu’ambition environnementale et justice sociale peuvent se conjuguer dans l’assiette des enfants.


