Le vice-président aux Transports et maire d’Unieux, Christophe Faverjon, a défendu la délibération en insistant sur sa dimension d’investissement plutôt que de dépense. Il a rappelé que la fréquentation gratuite bénéficierait non seulement à Saint-Étienne mais aussi aux centres-villes de Saint-Chamond, Rive-de-Gier ou Firminy, avec un effet économique attendu sur le commerce local.
L’élu a souligné que le projet avait déjà recueilli deux accords de principe : celui du bureau métropolitain, réunissant l’ensemble des maires, le 28 mai, puis celui du Comité des partenaires le 18 juin, qui rassemble associations de consommateurs, usagers et représentants économiques, ces derniers finançant l’essentiel des recettes de la Stas via le versement transport.
Une gratuité pensée par étapes
Au-delà du volet économique, les partisans de la mesure ont insisté sur sa portée sociale et écologique, dans le prolongement de la tarification solidaire à 10 euros existant depuis 2021. Christophe Faverjon a cité des retours d’expérience d’autres agglomérations, évoquant une hausse de fréquentation comprise entre 20 et 60 % là où la gratuité a été instaurée, tout en rappelant que le réseau stéphanois enregistrait déjà une progression de sa fréquentation payante, de l’ordre de 4,3 % au premier trimestre 2026.
Un compromis local entre les forces de gauche La mesure, fruit d’un accord entre le PS, EELV et le PC au sein de la majorité stéphanoise, écarte pour l’instant l’option d’une gratuité totale, jugée incompatible avec l’état des finances métropolitaines. Les écologistes auraient notamment redouté qu’une gratuité intégrale ne limite les capacités d’investissement futures dans les mobilités.
Un coût estimé à trois millions d’euros par an
Durant la campagne électorale, le coût du dispositif avait été évalué entre 3,68 et 5,68 millions d’euros selon les scénarios envisagés, incluant d’éventuelles gratuités ponctuelles lors de pics de pollution, de canicule ou de grands événements. Après l’annonce de Régis Juanico début avril, la version finalement retenue se limite à la gratuité du samedi sur l’ensemble des lignes, accompagnée d’un renforcement de l’offre sur les bus M et les tramways stéphanois pour absorber la hausse de fréquentation attendue.
Le coût total de la mesure, entre pertes de billetterie et moyens supplémentaires, a été chiffré à 3 millions d’euros par Christophe Faverjon, sans que l’écart avec les estimations de campagne n’ait pu être précisé avant la publication de cet article. Le dispositif Handi’Stas bénéficiera pour sa part d’une gratuité élargie, effective le samedi dès septembre, puis totale tous les jours à partir de janvier 2027.
Contacté ultérieurement, Christophe Faverjon a indiqué que le contrat de délégation de service public liant la Métropole à Transdev prévoyait déjà la possibilité d’activer six journées gratuites par an. Il a également précisé que le coût de trois millions d’euros pourrait être revu à la baisse si la hausse de fréquentation générait des recettes supplémentaires négociées avec l’exploitant.
Un débat vif malgré une large adoption
La délibération a été votée à une large majorité, avec dix voix contre et cinq abstentions, non sans provoquer des échanges tendus, en écho au climat observé la veille au conseil municipal de Saint-Étienne. Le maire de Saint-Paul-en-Jarez, Kamel Bouchou, a apporté son soutien tout en demandant la gratuité des parkings relais aux entrées d’agglomération, obtenue pour le samedi. Le premier vice-président et maire de Saint-Chamond, Axel Dugua, favorable au texte, a pour sa part appelé à examiner les résultats de cette expérimentation avant d’en tirer des conclusions définitives.
L’élu stéphanois UDI Lionel Boucher a contesté le principe même de gratuité, estimant qu’elle représentait toujours un coût supporté par les contribuables plutôt que par les usagers, et qu’une utilisation accrue du réseau engendrerait de nouvelles dépenses de sécurité et d’entretien. Il a réclamé un vote à bulletins secrets, demande rejetée à main levée faute d’un nombre suffisant de voix favorables.
Des expériences comparées, des tensions persistantes
Des besoins humains interrogés par l’opposition de gauche L’élue stéphanoise LFI Valentine Mercier, tout en soutenant la mesure, a interrogé les moyens humains supplémentaires nécessaires à sa mise en œuvre, moyens que l’exécutif métropolitain a assuré déployer. Son collègue Ulysse Hammache a de son côté établi un parallèle avec le financement de la voirie pour illustrer, selon lui, l’incohérence des critiques adressées à la gratuité des transports.
L’élu RN/UDR Alexandre Vidal a estimé que la mesure pénalisait les communes non desservies par le réseau, tout en doutant qu’une économie de 1,60 euro par trajet suffise à inciter les ménages modestes à davantage consommer en centre-ville. Il a également mis en doute l’existence d’une étude confirmant une hausse de la consommation à Roanne.
Le président de la Métropole a répliqué en affirmant qu’une étude démontrait au contraire une progression significative, de l’ordre de 75 %, du panier moyen des consommateurs le samedi à Roanne depuis l’instauration de la gratuité, insistant sur le caractère expérimental et non définitif du dispositif adopté.
Accusations croisées de dogmatisme
Les élus de Firminy Jean-Paul Chartron et Marc Petit ont salué une décision tournée vers l’avenir, à la fois sociale, économique et environnementale, appelant à en dresser le bilan à l’issue de l’expérimentation. La conseillère stéphanoise Isabelle Dumestre a de son côté défendu la légitimité de la démarche, citant les exemples de Dunkerque et Montpellier où la gratuité aurait dynamisé le commerce local, tout en jugeant prématurée toute conclusion sur le cas de Roanne.
Le maire de Genilac, Denis Barriol, a reconnu la légitimité des interrogations budgétaires exprimées de part et d’autre, rappelant l’ampleur des investissements à venir pour la Métropole : incinérateur, Cité du Design, éventuelle découverture du Gier, mise en conformité du MAMC+, politique de la ville et gestion des rivières figurent parmi les chantiers structurants évoqués.
Lors de son discours d’investiture à la présidence de la Métropole début avril, Régis Juanico avait anticipé les tensions avec les communes périphériques en promettant une augmentation sensible de l’enveloppe consacrée à la voirie dès 2027, un secteur qui représentait déjà 25,5 % des investissements d’équipement programmés au budget primitif 2026.
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