À 39 ans, Mickaël Defour incarne une nouvelle génération de passionnés du patrimoine qui utilisent les technologies modernes pour faire revivre le passé. Ce modeleur 3D freelance et autodidacte, fondateur de Loire Dessin il y a quatre ans, s’est lancé dans un projet ambitieux : reconstituer virtuellement le Saint-Étienne de la fin du XVe siècle. Une démarche artistique qui, sans prétendre à l’exactitude scientifique absolue, s’appuie sur des bases historiques sérieuses pour offrir une vision concrète d’une époque méconnue.
Une révélation lors d’un voyage à Bruges
L’aventure de ce natif de Villars, formateur en Bafa et animateur socio-culturel de profession, débute en 2018 lors d’un voyage à Bruges. L’expérience d’une visite immersive virtuelle de la cité flamande médiévale lui donne l’impulsion décisive. La période Covid, alors qu’il s’est installé à Pau puis à Brignais, lui permet de concrétiser cette ambition.
Avant de s’attaquer à Saint-Étienne, Mickaël Defour a déjà fait ses preuves. Il a collaboré avec le Musée des Verts pour reconstituer les anciennes versions du Chaudron, travaillé pour Saint-Romain-le-Puy sur son passé médiéval avec les associations Aldebertus et Histoire et Patrimoine, et même modélisé Fort Boyard pour France 3. Plus ambitieux encore, il participe au projet fou de Pougues-les-Eaux dans la Nièvre : reconstruire la flèche de Notre-Dame de Paris d’ici 2029 dans un parc à thème sur les métiers du bois.
Saint-Étienne, une bourgade de 3 000 âmes
Pour sa ville de cœur, Mickaël Defour a choisi de se concentrer sur la fin du XVe siècle, période charnière où Saint-Étienne, alors modeste bourgade d’environ 3 000 habitants, commence son expansion autour de l’activité forgeronne. La cité, qui dépendait du château de Saint-Priest au nord et de l’abbaye de Valbenoîte au sud, obtient alors le droit de se doter de murailles. Le travail s’appuie sur la maquette de l’ancien musée du Vieux Saint-Étienne et sur l’observation minutieuse du bâti actuel. « À l’ouest de la place du Peuple, le médiéval tardif apparaît assez évident autour de la place Grenette et de la Grand’Église, place Boivin », détaille Mickaël Defour. Chaque élément architectural est modélisé manuellement après des dizaines d’heures de repérages et de prises de photos, sans recours à l’intelligence artificielle pour les structures.
Entre rigueur historique et liberté artistique
Le modeleur qui assume pleinement les limites scientifiques de son travail tout en refusant l’approximation. Si les bâtiments, remparts et topographie sont fidèlement reconstitués, les scènes de vie quotidienne (forgerons, marchés, religieux) sont ajoutées via l’IA avec de nombreuses retouches. Il s’autorise même quelques écarts temporels tentants en reconstituant les façades du théâtre Massenet du XIXe siècle ou le dôme perdu de l’hôtel de ville.
Une vision post-apocalyptique en bonus
Preuve de sa créativité débridée, Mickaël Defour s’est également amusé à créer un Saint-Étienne post-apocalyptique, avec une ville envahie par la végétation jusqu’au stade Geoffroy-Guichard. Une manière ludique de démontrer que la modélisation 3D permet d’explorer tous les possibles, du passé le plus lointain aux futurs les plus improbables, faisant de ce patrimoine virtuel un outil précieux de médiation culturelle et d’imagination collective.

