©42info
Vingt-huit chasseurs issus de deux sociétés de tir s’étaient rassemblés ce samedi de septembre pour une traque aux sangliers. La journée a basculé dans la tragédie lorsqu’un participant de 44 ans a été mortellement atteint à la tête par un projectile.
Les investigations balistiques ont progressivement écarté les autres tireurs potentiels. Sur six suspects initiaux, les experts ont finalement désigné Didier Malosse, chasseur chevronné titulaire de son permis depuis l’âge de 16 ans, comme l’auteur probable du tir fatal.
Une affaire technique complexe
Le dossier avait déjà été présenté le 25 mars dernier, mais avait fait l’objet d’un renvoi pour absence d’autopsie et afin d’obtenir une expertise complète du Service national de la police scientifique (SNPS). L’angle du tir s’est révélé l’élément central de l’enquête, bien que les versions divergentes aient laissé subsister des zones d’ombre douloureuses pour la famille de la victime.
Le prévenu, qui occupait la fonction de chef de ligne, a contesté sa culpabilité tout au long de la procédure, estimant qu’aucune preuve tangible ne l’incriminait formellement. L’accusation lui reproche néanmoins une triple faute : erreur de positionnement, d’appréciation et écart de visée.
Des expertises convergentes mais contestées
L’Office français de la biodiversité (OFB), la gendarmerie et le SNPS attestent unanimement que le coup mortel ne peut provenir que du fusil de Didier Malosse. Face à ces conclusions, le septuagénaire a évoqué l’hypothèse d’un ricochet, malgré sa maladie de Parkinson naissante qu’il minimise : « Quand je tire, je ne tremble pas. »
Cette théorie du ricochet a suscité l’irritation du président du tribunal Joël Hennebois : « Si ce n’est pas vous, qui est-ce ? Dans ce cas-là, il faut interdire la chasse, si toutes les personnes qui sont ici peuvent être tuées par un ricochet. »
Les balisticiens ont formellement écarté cette hypothèse, établissant que la balle ayant atteint la victime provenait d’un tir « direct », à hauteur d’homme. Or la réglementation cynégétique impose des tirs fichants, c’est-à-dire orientés vers le sol.
Une organisation défaillante pointée du doigt
Le représentant du ministère public a souligné une anomalie dans le dispositif de chasse : « Il n’y avait que trois miradors et vous êtes quatre. Il fallait donc vous extraire de la chasse. »
L’avocate de la partie civile a insisté sur les manquements : « À 50 mètres (distance entre le tireur et la victime), vous ne pouvez pas avoir un tir fichant. Il y a une violation incontestable des règles de sécurité. »
La défense dénonce des lacunes d’enquête
Me François Paquet-Cauet, défenseur du prévenu, a contesté la solidité du dossier : « Cette enquête est lacunaire. Les hypothèses sont fausses et pas scientifiques. On n’a pas examiné assez de pistes, on n’a pas fermé toutes les portes. Cette balle, on ne l’a pas retrouvée parce qu’on ne l’a pas cherchée. »
L’avocat a particulièrement déploré l’absence de radiographie du crâne de la victime, pourtant requise par le parquet : « Ce qui fait qu’aujourd’hui, vous n’avez pas de certitude. Alors, on va émettre des hypothèses. » Il a qualifié la démarche d' »hérésie scientifique », soulignant que les experts utilisent la formulation « hautement probable » plutôt que d’affirmer une certitude absolue.
Une condamnation ferme
Malgré ces arguments, le tribunal a retenu la culpabilité de Didier Malosse, soulignant la violation du schéma cynégétique concernant le non-respect de l’angle de tir réglementaire (30°) et l’absence de trajectoire fichante.
Le septuagénaire a été condamné à vingt-quatre mois de prison avec sursis, au retrait définitif de son permis de chasser et à l’interdiction de porter une arme pendant cinq ans.

