Le Collectif 88% et ses alliés de gauche accusent la majorité municipale de rogner sur les aides aux associations, alimentant un débat qui préfigure les futures échéances électorales.
Les formations de gauche roannaises maintiennent la pression sur la politique sociale municipale. Déjà critiques lors du conseil municipal du 13 février dernier, elles avaient organisé une conférence de presse commune inédite en avril pour réclamer un rééquilibrage des aides sociales.
Cette mobilisation inhabituelle entre le Collectif 88% et le Parti socialiste témoigne de leur volonté de faire du social un enjeu central du débat politique local à l’approche des municipales.
Des « grappillages » dénoncés par l’opposition
Raphaël Plasse, conseiller du Collectif 88%, exprime sa frustration après le conseil d’administration du CCAS du 3 juin. il illustre son propos avec l’exemple des Restos du Cœur qui obtiennent 3 000 euros sur les 3 200 euros sollicités. « Chaque fois, on grappille », déplore-t-il, y voyant une politique systématique de réduction.
Face à ces critiques, Vicky Redeuilh, adjointe en charge du social et du CCAS, défend une gestion rigoureuse. Les attributions de subventions sont soumises à la règle des 3T, territorialité, transparence et trésorerie. L’élue rappelle également les contraintes budgétaires imposées par l’État.
Des associations aux situations contrastées
Les témoignages des associations révèlent des réalités diverses. Bernard Lecompte, président de l’Anreph, confirme une stabilité : « Nous avons obtenu 250 €. C’est la même somme depuis deux ans. »
La Banque alimentaire de la Loire, dirigée par Jean-Yves Faure, illustre la complexité du financement associatif : « Nous touchons des subventions de 80 communes. Cette année, le CCAS de Roanne a attribué 2 500 € sur les 3 000 € demandés. »
Les Marmitons roannais vivent leur première subvention municipale. Christelle Chapel-Prudhomme tempère : « C’est la première fois que la mairie semble s’intéresser à nous. Nous sollicitons des subventions depuis notre création il y a 3 ans. »
L’association a reçu 250 euros sur les 2 000 demandés pour l’achat d’un véhicule utilitaire, illustrant l’écart entre besoins et moyens alloués.
Un financement insuffisant pour certaines missions
L’association Femme avant tout, qui accompagne les malades de cancers féminins, obtient 500 euros du CCAS. « Avec ça, on va payer un mois de cours de pilates », précise la présidente Isabelle Lambert, qui reconnaît que « les dons d’entreprises sont bien plus importants ».
L’Association nationale des visiteurs de prison subit une « 2e baisse consécutive » avec 500 euros accordés. Sa présidente, Sabine Stevenin, alerte sur les conséquences : « Notre budget soutient les détenus indigents pour leurs déplacements, logements et repas lorsqu’ils cherchent travail ou logement. »
Elle insiste sur l’enjeu de réinsertion : « C’est parfois la seule chance pour un détenu de se réinsérer. Roanne a voulu sa prison, il faut qu’elle la fasse vivre. »
Un excédent qui fait polémique
Le CCAS affiche un excédent de 125 000 euros, chiffre qui exaspère Raphaël Plasse : « C’est inédit. Cela n’a jamais été aussi haut. Dans le contexte actuel, c’est incompréhensible. »
Vicky Redeuilh défend cette situation : « Le CCAS est excédentaire tous les ans. Ces 125 000 € ne sont pas mis de côté, ils seront réinjectés dans des projets qui restent à valider. »
Elle revendique une approche pragmatique : « L’avantage du CCAS sur la collectivité c’est justement qu’il peut ajuster son budget en fonction des besoins. »
Un budget social conséquent revendiqué
L’adjointe au social rappelle l’effort municipal global : « La Ville consacre 1,7 million d’euros au social », chiffre qui relativise les critiques sur les montants de subventions individuelles.
Cette mise en perspective vise à démontrer l’engagement municipal malgré les contraintes budgétaires croissantes pesant sur les collectivités.
Les associations interrogées admettent qu’elles « pourraient faire mieux avec plus de moyens » tout en reconnaissant que « les budgets communaux sont de plus en plus contraints ».
Jean-Yves Faure de la Banque alimentaire résume le défi associatif : « Tous les ans, il faut aller à la pêche aux dons et essayer de maintenir un budget qui permet de faire face aux hausses des coûts. »
Un débat aux accents électoraux
Cette polémique sur les subventions s’inscrit clairement dans la perspective des prochaines municipales. La stratégie oppositionnelle de mise en cause de la politique sociale révèle les enjeux électoraux à venir.
Au-delà des subventions, certaines associations comme les Marmitons roannais et Femme avant tout sollicitent des locaux municipaux. Ces demandes « sont, pour l’heure, restées lettre morte », illustrant d’autres formes de soutien attendues.

