Les faits remontent à la période du 1er décembre 2020 au 5 mars 2021. Deux jeunes femmes, âgées de 19 et 20 ans à l’époque, ont été démasquées grâce à un signalement anonyme. Elles avaient ciblé deux adolescentes particulièrement vulnérables : une mineure de seulement 13 ans et demi et une jeune majeure également en rupture sociale.
Deux autres individus, présentant une altération du discernement, ont été épargnés par l’audience. Ils mettaient leurs logements à disposition du réseau et percevaient une rétribution au passage.
Un système d’exploitation méthodique
Myriam Maures et Maëva Tasca avaient chacune pris sous leur emprise une victime. Pendant trois mois, elles ont encaissé les revenus de relations tarifées imposées à ces adolescentes, pouvant atteindre dix à vingt passes quotidiennes. Leur contrôle psychologique maintenait leurs protégées dans un véritable calvaire.
L’une des prévenues a reconnu sa propre entrée dans la prostitution dès sa majorité, motivée selon ses mots par l’appât du gain et une consommation importante de cannabis. « J’ai été bête. J’étais jeune et je voulais des sous », a-t-elle déclaré à la barre.
Des victimes piégées dans des conditions sordides
Me Séverine Martin-Bouchet, représentant la plus jeune victime, a insisté sur l’âge de sa cliente : « Une petite gamine de collège alors en quatrième. Je veux bien qu’elle fasse plus que son âge, mais tout de même… »
Me Vicky Mazoyer, défendant l’autre victime exploitée, a dénoncé « l’absence totale de responsabilité » des prévenues. Elle a rappelé qu’on « ne donne pas son consentement quand on a 13 ou 14 ans » et souligné que ces jeunes filles en rupture familiale constituaient « des proies faciles ».
Les messages de sollicitation envoyés aux clients et les menaces proférées lors des tentatives de fuite (« On va la faire tapiner toute la nuit ») illustrent la violence du système mis en place.
Un manque de conscience troublant
La procureure a exprimé sa préoccupation face à l’absence de remise en question des prévenues, quatre ans après les faits : « C’est très inquiétant pour l’avenir et leur insertion. Il n’y a aucune évolution. Il y a des détails sordides dans cette affaire, des conditions d’hébergement désastreuses. »
Elle a requis trois ans de prison, dont deux ans avec sursis probatoire pendant deux ans, assortis d’une interdiction de contact avec les victimes.
La défense plaide les carences éducatives
Me Latékoué Lawson Body, défendant Myriam Maures, a souligné que sa cliente « n’avait aucun repère éducatif. Elle était insaisissable, ne comprenait rien à la vie. »
Me Annie Fournel, représentant Maëva Tasca, a invité le tribunal à « prendre du recul », notant qu' »aucun des clients ayant eu des relations avec ces mineures n’a été poursuivi » et qualifiant les actes de sa cliente « d’erreur de jeunesse ».
Des condamnations fermes prononcées
Le tribunal a prononcé les peines suivantes :
Maëva Tasca : 36 mois d’emprisonnement dont 30 mois avec sursis probatoire, détention à domicile sous surveillance électronique (DDSE) pour la partie ferme et 2 000 euros d’amende.
Myriam Maures : 36 mois de prison dont 24 mois avec sursis probatoire, aménagement de peine ferme sous DDSE et 2 000 euros d’amende.
Samir Saidani (hébergeur) : 24 mois d’emprisonnement dont 18 mois avec sursis probatoire, aménagement sous DDSE et 2 000 euros d’amende.
Fatiha Itoui (hébergeur) : 24 mois de prison dont 12 mois avec sursis probatoire, détention à domicile sous surveillance électronique et 2 000 euros d’amende.
Les quatre condamnés seront inscrits au Fichier des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais), mesure qui accompagnera leur casier judiciaire pendant plusieurs années.

