Confinement : quand les com­men­ta­teurs spor­tifs s’ennuient

Privés d’exploits spor­tifs et de la pas­sion des stades par la pan­dé­mie de Covid-19, les com­men­ta­teurs spor­tifs entre­tiennent la flamme, en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis, en dif­fu­sant sur les réseaux sociaux des scènes du quo­ti­dien, magni­fiées par leurs com­men­taires aus­si exal­tés que décalés.

« Alors qu’on entre dans la der­nière minute et c’est Olive qui a la pos­ses­sion, mais c’est dans ces moments là que Mabel est la plus forte, quand elle doit refaire son retard, quand elle se sert de cette intensité… ».

Andrew Cotter a cou­vert les Jeux Olympiques ou Wimbledon pour la BBC. Mais dans cette vidéo pos­tée sur son compte Twitter et vue plus de 18 mil­lions de fois, c’est avec ses deux labra­dors, enga­gés dans une lutte silen­cieuse et presque immo­bile pour la pos­ses­sion d’un grand os en caou­tchouc, qu’il cap­tive l’audience.

Quelques jours plus tôt, dans une pre­mière vidéo avec pour seul com­men­taire « je m’ennuyais», il avait fait vivre avec emphase la course à celle qui fini­rait son bol de cro­quettes la pre­mière entre Olive et Mabel.

« Olive, concen­trée, déter­mi­née, se réga­lant, il ne reste plus rien que le bol à lécher. Deux grandes rivales, mais deux amies aus­si, voyez comme elles échangent leur bol à la fin », avait-il nar­ré à plus de 10 mil­lions de spec­ta­teurs par­ta­gés entre atten­dris­se­ment et hilarité.

Le «Giro di Tooting»

« Cela montre juste à quel point le sport et ce qu’on appelle “la vie nor­male” nous manquent. On tenait tout cela pour acquis, c’est seule­ment main­te­nant qu’on le réa­lise », a expli­qué le com­men­ta­teur qui a bien com­pris que la popu­la­ri­té de ses chiens a lar­ge­ment dépas­sé celle de son pod­cast sur le golf.

Son confrère free­lance Nick Heath, inter­ve­nant régu­lier sur la BBC ou Sky, a pris le par­ti de faire de son quar­tier de Tooting, dans le sud de Londres, son nou­veau ter­rain d’exploration.

Son compte Twitter est deve­nu une sorte de jour­nal où la com­pé­ti­tion, le sus­pense et la soif de vic­toires se cachent dans le moindre détail du quotidien.

Des pié­tons s’élancent quand le feu passe au vert et « La Ruée pour tra­ver­ser la rue 2020 » est lan­cée et rem­por­tée par une femme en leg­gings. Un cycliste qui peine dans une rue en pente par­ti­cipe — sans le savoir — au «Giro di Tooting» et même un escar­got avan­çant péni­ble­ment sur le trot­toir est enga­gé dans une « série du 1.500 millimètres ».

Nick Heath est le pre­mier sur­pris par le suc­cès de ses say­nètes — affu­blée du mot-clé #LifeCommentary (#LaVieCommentée) — où le déca­lage entre la bana­li­té des images et le ton empha­tique de ses com­men­taires, sou­vent humo­ris­tiques, font merveille.

« C’est deve­nu bien plus popu­laire que je ne m’y atten­dais. Je m’amusais juste à com­men­ter avec la voix que j’utilisais pour cer­tains sketches que j’écrivais il y a quelques années de cela », a‑t-il expli­qué à l’AFP.

Un bar­be­cue comme un Superbowl

« Je voyais mon per­son­nage comme quelqu’un qui arri­ve­rait à rendre deux mouches sur un mur inté­res­santes », a‑t-il pour­sui­vi. Et fort de ses 129.000 abon­nés, il a lar­ge­ment réus­si son pari.

De l’autre côté de l’Atlantique, Joe Buck, un com­men­ta­teur de Fox Sports, a déci­dé aus­si de mettre sa verve au ser­vice de ses abon­nés pour les dis­traire un peu de la moro­si­té ambiante.

Sur de petites vidéos envoyées par ses 269.000 abon­nés, il appose ses com­men­taires aus­si enjoués et poin­tus que s’il s’agissait de la vic­toire de Kansas City au Superbowl — la finale du cham­pion­nat de foot­ball amé­ri­cain — qu’il com­men­tait quelques semaines plus tôt.
Sur l’une de ses vidéos les plus popu­laires, un cer­tain Andrew, qui fait griller des ailes de pou­let au bar­be­cue, connaît sa minute et dix-neuf secondes de célé­bri­té warholienne.

« Regardez-moi ça ! Il va en recher­cher, il en veut plus, (les ailes de pou­let) conti­nuent de sor­tir du sala­dier. Mais com­bien peux-tu nous en don­ner, Andrew ? Incroyable ! », s’enthousiasme Joe Buck.

« Je ne savais pas si ça pren­drait. Mais voi­là où nous en sommes. Je pense qu’il y a un vrai appé­tit des gens pour ce genre de choses », a‑t-il expli­qué au Washington Post.

Les autres infos