Au-delà des peines prononcées dans l’affaire Perdriau, le volet civil du procès s’est révélé particulièrement lourd pour les condamnés. Gaël Perdriau, Samy Kéfi-Jérôme, Gilles Rossary-Lenglet et Pierre Gauttieri devront s’acquitter de sommes considérables auprès des différentes parties civiles, victimes directes et indirectes de cette sombre affaire politique.
310 000 euros pour la famille Artigues
Gilles Artigues, principal protagoniste de cette affaire qui l’a plongé dans un « cauchemar de dix ans », obtient 200 000 euros de dommages et intérêts pour son préjudice moral. Une somme bien inférieure aux plus de 800 000 euros réclamés par son avocat, le tribunal ayant rejeté les demandes liées au préjudice économique, à la perte de chance et à la perte de rémunération.
Son épouse recevra 30 000 euros, tandis que chacun de leurs quatre enfants touchera 20 000 euros, toujours au titre du préjudice moral. La présidente du tribunal correctionnel, Brigitte Vernay, a précisé que ces sommes devront être versées « solidairement » par les quatre condamnés.
À la sortie de l’audience, Gilles Artigues s’est montré soulagé mais visiblement épuisé. « La justice est passée, les Stéphanois connaissent maintenant la vérité. J’espère pouvoir tourner cette page, pour ma famille et pour la ville », a-t-il déclaré avant de s’éclipser rapidement, confiant avoir besoin de repos.
13 000 euros pour l’ancien maire Michel Thiollière
L’ancien maire de Saint-Étienne, Michel Thiollière, obtient quant à lui 13 000 euros de dommages et intérêts. Absent lors du délibéré, il a réagi fermement à la décision : « Ce jugement est à la hauteur de la gravité des faits reprochés. Il n’est pas possible d’accepter d’un maire et de ses proches collaborateurs de tels comportements. »
Il a également pointé l’attitude de Gaël Perdriau : « Il a toujours nié toute responsabilité. Il n’a jamais exprimé de regrets ou de remords. Cela montre à quel point d’inconscience de la gravité des faits, il était. »
Dans son cas particulier, seuls Pierre Gauttieri et Gilles Rossary-Lenglet devront s’acquitter de cette somme, puisqu’eux seuls ont été reconnus coupables d’avoir tenté de lui tendre un piège avec une prostituée mineure pour l’écarter de la scène politique.
Les personnes morales également indemnisées
L’association Anticor, constituée partie civile quelques jours avant l’ouverture du procès, obtient 8 000 euros. Son avocat, Me Olivier Foray, a salué la portée symbolique de cette décision : « Ils ont utilisé les moyens les plus dégueulasses pour financer leur projet. J’espère que cette décision aura un écho et que cela permettra d’assainir, par la crainte, ce genre de pratiques. »
La Ville de Saint-Étienne tire son épingle du jeu avec le remboursement de la protection fonctionnelle accordée à Gilles Artigues, soit 184 000 euros de frais d’avocats. Elle recevra également 20 000 euros de préjudice moral, 20 000 euros de préjudice d’image et 10 000 euros de frais d’avocat, soit un total de 234 000 euros. Une bonne nouvelle pour les contribuables stéphanois.
Me Henri-Pierre Vergnon, l’avocat de la Ville qui avait plaidé dans un exercice délicat, le maire qu’il représentait étant le principal prévenu, n’a pas souhaité commenter la décision.
Une facture collective de plus de 550 000 euros
Au total, les quatre condamnés devront donc verser plus de 550 000 euros. Le caractère « solidaire » de cette condamnation signifie que si l’un d’eux se révèle insolvable, les autres devront payer pour lui, conformément à l’article 1317 du Code civil. Une épée de Damoclès financière qui vient s’ajouter aux peines prononcées dans cette affaire qui aura durablement marqué la vie politique stéphanoise.

