Le jugement est tombé ce lundi matin : Gaël Perdriau est condamné à cinq ans de prison dont un avec sursis, assorti d’un mandat de dépôt différé et d’une amende de 50 000 euros. Mais surtout, le tribunal a prononcé une inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire.
« Monsieur, vous ne pouvez plus être le maire de Saint-Étienne », a asséné la présidente du tribunal, actant ainsi la fin du parcours politique de l’édile qui dirigeait la ville depuis 2014.
Gaël Perdriau a immédiatement demandé à ses avocats de faire appel, dénonçant « une terrible injustice » et une décision « incompréhensible ». Mais l’exécution provisoire rend la condamnation applicable immédiatement, même en cas d’appel.
Le rappel des faits : une machination politique
Le 26 août 2022, Mediapart révélait l’existence d’une vidéo intime impliquant Gilles Artigues, ex-premier adjoint à la mairie de Saint-Étienne. Cette affaire empoisonne la vie politique stéphanoise depuis plus de trois ans.
D’après l’enquête, Gilles Artigues aurait été filmé à son insu le 5 janvier 2015 dans une chambre d’hôtel parisienne, en compagnie d’un escort-boy. L’objectif : le faire ensuite chanter pour neutraliser son influence politique. L’opération pourrait avoir été financée par de l’argent public, détourné via des subventions accordées à des associations.
Gaël Perdriau, son directeur de cabinet de l’époque Pierre Gauttieri, et son ex-adjoint à l’éducation Samy Kéfi-Jérôme, sont tous soupçonnés d’avoir élaboré ou participé à cette machination, aux côtés de Gilles Rossary-Lenglet, celui par lequel l’affaire a été dévoilée.
Des peines plus lourdes que les réquisitions
Après trois ans de rebondissements, ces quatre hommes ont comparu du 22 au 30 septembre au nouveau palais de justice de Lyon pour chantage, complicité de chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics. Quatre responsables d’association (AGAP et France-Lettonie) ont également dû s’expliquer à la barre.
Le tribunal a prononcé des peines supérieures aux réquisitions du parquet :
- Gaël Perdriau : cinq ans dont un avec sursis (contre cinq dont deux requis)
- Pierre Gauttieri : quatre ans dont deux avec sursis
- Samy Kéfi-Jérôme : quatre ans dont un avec sursis
- Gilles Rossary-Lenglet : quatre ans dont un avec sursis
Tous devront verser solidairement 200 000 euros de dommages et intérêts à Gilles Artigues.
Jean-Pierre Berger assure l’intérim
Siham Labich, adjointe de Gaël Perdriau depuis 2014 (actuellement en charge de la politique de la ville et de l’éducation populaire), confirme que Jean-Pierre Berger, premier adjoint, assurera l’intérim jusqu’à l’élection d’un nouveau maire.
Une réunion entre membres de la majorité est prévue ce lundi à 17h30 en mairie pour décider qui sera candidat à la succession de Gaël Perdriau jusqu’aux élections municipales de mars 2026.
Selon l’adjointe, « il y aura peut-être des divergences, mais il n’y a pas de division pour l’instant, et je suis persuadée qu’on arrivera à se mettre d’accord dans l’intérêt de la ville ». Elle assure que « l’urgence est de maintenir l’institution et d’assurer la continuité du service public pour rassurer les Stéphanois ».
Une ville à reconstruire
Au-delà des conséquences juridiques et politiques, c’est l’image de Saint-Étienne qui sort durablement abîmée de cette affaire. Plusieurs élus, toutes tendances confondues, ont souligné lundi les dommages infligés à la réputation de la treizième ville de France.
Lionel Boucher, ex-adjoint de Gaël Perdriau et ami de Gilles Artigues, a particulièrement insisté sur ce point : « L’image de la treizième ville de France est durablement abîmée ; nous avons été isolés, mis à l’index par les autres collectivités, par l’État. »

