Mardi 16 décembre, le palais de justice de Saint-Étienne a vu défiler les trois principaux condamnés de l’affaire de la sextape. Convoqués individuellement par la procureure Anne Gaches, ils devaient apprendre quand et où ils purgeront leurs peines de prison ferme. Une journée marquée par l’acceptation résignée de leur destin judiciaire, mais aussi par une certaine opacité sur les détails de leur future incarcération.
Gaël Perdriau : « Je suis innocent mais j’irai en prison »
Premier à se présenter, l’ancien maire arrive au volant de sa Citroën C3 personnelle, accompagné de son avocat Jean-Félix Luciani. En avance sur sa convocation fixée à 11 heures, Gaël Perdriau se gare au parking du tribunal vingt minutes avant l’heure prévue. En costume, visiblement en forme, il gravit les marches du palais d’un pas décidé.
Son avocat s’étonne de la présence des journalistes, ignorant qu’un autre condamné de l’affaire a divulgué la date de convocation. Après avoir franchi le portique de sécurité et vidé ses poches comme n’importe quel justiciable, l’ex-édile rejoint le bureau de la magistrate.
Quarante-cinq minutes plus tard, il ressort sans révéler ni la date ni le lieu de sa future détention. « L’entretien s’est très bien déroulé », déclare Maître Luciani au Progrès. « Nous avons été accueillis avec une humanité certaine. M. Perdriau, qui est respectueux des institutions républicaines, s’est présenté aujourd’hui pour qu’on lui donne une date d’incarcération, et il se présentera à la prison le moment venu, tout en continuant à protester de son innocence. »
Gaël Perdriau, condamné à cinq ans de prison dont quatre ferme, ajoute avec fermeté au Progrès : « La justice ayant décidé de m’envoyer en prison, bien entendu, j’irai. Mais je continue à dire et à redire que je suis innocent des faits qui me sont reprochés. Je le redirai en appel et je continuerai à me battre. »
Pierre Gauttieri : seul à ne pas faire appel
Trois heures après son ancien patron, Pierre Gauttieri se présente à son tour. Toujours ponctuel, l’ex-directeur de cabinet arrive en avance malgré ses problèmes de santé qui l’obligent à marcher lentement, appuyé sur une canne. Sandales aux pieds et casquette du Canada sur la tête, il emprunte l’accès réservé aux personnes handicapées.
Condamné à quatre ans de prison dont deux ferme, son état de santé a manifestement été pris en compte par la procureure. Après une demi-heure d’entrevue, il confirme que « ça s’est très bien passé » mais refuse de dévoiler sa date d’incarcération. Il concède néanmoins qu’elle interviendra « après les fêtes, début 2026 ». Quant au lieu, « je le sais mais, ça aussi, je le garde pour moi », sourit-il.
Pierre Gauttieri se distingue des autres condamnés sur un point crucial : contrairement à Perdriau et Rossary-Lenglet, il n’a pas fait appel. « J’ai reconnu les faits, j’assume jusqu’au bout. Je peux bénéficier d’un aménagement de peine, il n’y a pas lieu pour moi de faire appel. » Il révèle avoir pris une avocate pour la suite, dont il tait le nom.
Gilles Rossary-Lenglet : « Je ne suis pas très serein »
Le « barbouzeur », comme il se définit lui-même, arrive en fin d’après-midi accompagné de son avocate Maître Mazoyer. Vêtu de noir avec une écharpe violette et son sac en bandoulière, il monte lentement jusqu’au bureau de la procureure, lui aussi aidé d’une canne en raison de ses problèmes de santé.
Condamné à quatre ans de prison dont trois ferme, Gilles Rossary-Lenglet ressort trente minutes plus tard. C’est d’abord son conseil qui prend la parole : « La date est très proche et le lieu d’incarcération dans la région. »
L’intéressé justifie la discrétion sur les dates : « Si nous restons un peu vagues sur les dates, c’est parce qu’il faut que je me prépare. C’est très concret, là, et je ne suis pas très serein… C’est compliqué. » Avant d’ajouter : « C’est bientôt, oui. »
Malgré l’appréhension, il confie ressentir « une forme de soulagement ». « Ça fait cinq ans que j’ai révélé les faits, je suis prêt », conclut-il, faisant référence à son rôle de lanceur d’alerte dans cette affaire qui a provoqué la chute politique de Gaël Perdriau.
Sollicitée, la procureure de la République Anne Gaches n’a pas souhaité répondre aux questions de la presse sur les modalités d’incarcération de ces trois condamnés.

