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Cette adoption intervient après de longues négociations entre l’exécutif régional et la préfecture de Région, à seulement trois mois de la fin des mandats intercommunaux et deux ans avant l’échéance théorique du contrat. L’enveloppe globale représente près de 2 milliards d’euros censés se déployer dans les trois prochaines années.
La dissociation du volet mobilités du reste du CPER remonte à février 2023, sur demande d’Élisabeth Borne, alors Première ministre, qui l’avait associée à l’annonce d’un plan de 100 milliards d’euros pour le transport ferroviaire d’ici 2040. Cette décision, dont la pertinence reste questionnée par de nombreux acteurs politiques locaux interrogés, a complexifié un processus déjà marqué par des conflits entre l’exécutif régional et les quatre métropoles d’Auvergne-Rhône-Alpes, particulièrement avec Saint-Étienne Métropole.
Des mésententes persistantes retardant l’accord
Les négociations ont achoppé sur plusieurs points, notamment l’enveloppe financière passée de 620 à 697 millions d’euros à partager entre État et Région. L’exécutif régional affirme avoir dû mener de nombreux bras de fer pour faire bouger les curseurs de l’État en faveur du ferroviaire, évitant selon lui un carnage sur les fermetures de petites lignes. Un protocole signé en mai 2024 à Brignais en présence du ministre des Transports n’avait constitué qu’une étape symbolique, qualifiée de « coquille vide » par l’opposition PS régionale.
Pour Saint-Étienne Métropole, principale collectivité ligérienne concernée, l’impact reste difficile à évaluer. La métropole avait formulé des demandes à hauteur de 25 millions d’euros en juillet 2023, mais Luc François, vice-président chargé des transports, confirme ne pas avoir fléché d’investissements majeurs sur ce volet, anticipant les difficultés de négociation. La préfecture de la Loire précise que les projets retenus sont ceux concrètement réalisables en 2026, 2027, 2028 au plus tard.
Des projets emblématiques écartés
L’opposition régionale, par la voix de Johann Cesa, regrette notamment l’absence de la rénovation de la ligne TER Rive-de-Gier/Givors, fragilisée par les crues d’octobre 2024. Le projet de réouverture des 48 km de liaison ferroviaire entre Saint-Étienne et Clermont-Ferrand, défendu par l’association Le Train634269, reste également hors de portée avec un coût estimé entre 140 et 160 millions d’euros selon la dernière étude du Cerema.
La répartition des financements révèle que 36% des engagements État-Région (environ 500 millions d’euros) sont consacrés au réseau routier, la Région ayant repris en délégation la gestion de portions de routes nationales (RN7, RN88, RN82). Frédéric Aguilera, vice-président régional aux transports, assume ce choix au nom des réalités d’une région où 80% de la mobilité passent par la route, tout en soulignant que 56% des sommes restent dédiées aux transports collectifs.
Les SERM : un projet ambitieux aux financements incertains
Les Services Express Régionaux Métropolitains (SERM), nouveaux RER métropolitains, captent 322 millions d’euros dans le CPER, dont près de 320 millions pour le seul projet lyonnais. Saint-Étienne ne récupère que 1,79 million d’euros, son projet étant présenté comme peu coûteux en infrastructures. Frédéric Aguilera reconnaît le défi colossal : réaliser le SERM lyonnais nécessiterait au moins 8 milliards d’euros d’ici 2040-2045, qualifiant la situation de mur d’investissement absolument colossal.
Un contexte budgétaire national contraignant
L’ensemble s’inscrit dans un contexte budgétaire national tendu, avec le dispositif Mobi’LYSE (400 millions promis par l’État en compensation de l’abandon de l’A45) qui s’ajoute parallèlement au CPER. La Région annonce par ailleurs un programme historique de 5,7 milliards d’euros de 2024 à 2035 pour sa politique ferroviaire, dont 2,2 milliards serviront uniquement aux péages SNCF Réseau, ce que dénonce l’opposition comme n’étant pas de nouveaux investissements.

