L’âme du der­by est-elle en danger?

Esprit du der­by, es-tu encore là ? Ça fait déjà quelques années que Stéphanois et sur­tout Lyonnais penchent peu à peu du côté du « c’était mieux avant ». Mais là, après les deux der­niers OL-ASSE (1–1 puis 1–0) sans inten­si­té sur le ter­rain ni véri­table pas­sion dans les tri­bunes de l’enceinte lyon­naise, on se demande vrai­ment si le der­by le plus bouillant de France ne s’étiole pas pour de bon. Avant ce nou­veau choc, dimanche (21 heures) dans le Chaudron, avec comme enjeu de taille la course à la Ligue des cham­pions, nos confrère de 20 Minutes ont consul­té de nom­breux sup­por­ters des deux camps ayant un paquet d’hypothèses quant à ce phénomène.

En vrac, ceux-ci évoquent le calen­drier de Ligue 1, avec un der­by retour pla­cé seule­ment deux mois après le match aller. Mais aus­si ces ren­contres en retard dis­pu­tées mer­cre­di (Toulouse-OL et sur­tout ASSE-OM), fai­sant un peu de l’ombre à l’affiche de dimanche. Voici d’autres expli­ca­tions majeures consta­tées à Saint-Etienne, et plus encore à Lyon.

  • L’interdiction ou la limi­ta­tion d’un par­cage visi­teur depuis avril 2013

Depuis six ans, l’ASSE n’a pas pu comp­ter sur le sou­tien de ses fans à Lyon. Entre les inter­dic­tions de la pré­fec­ture du Rhône et le refus des groupes de sup­por­ters de venir en nombre res­treint dans le par­cage visi­teur, les Stéphanois n’ont plus droit qu’à un seul der­by par sai­son. Un constat qui touche à peine moins l’OL, une nou­velle fois pri­vé de par­cage à Geoffroy-Guichard, un peu plus d’un an après avoir pu y vivre un triomphe total (0–5 et ce fameux maillot bran­di par Nabil Fekir devant le kop sud).

« L’absence de sup­por­ters adverses tue le der­by à petit feu, avance clai­re­ment Fousseni Diawara, ancien défen­seur des Verts de 2000 à 2008. Comme en plus, l’ambiance pour ce choc au Parc OL semble être très loin de celle à Gerland… » Un tacle vali­dé du bout des lèvres par cer­tains sup­por­ters lyon­nais. « Ça me fait mal de dire ça mais comme il ne peut plus y avoir une bataille des tri­bunes avec les Stéphanois, on ne met pas la même ambiance que dans le pas­sé chez nous », recon­naît Thierry Greco, un fidèle du virage sud.

  • Le Parc OL n’a pas encore eu droit à un der­by référence

Inauguré en jan­vier 2016, le Parc OL a déjà vibré de manière phé­no­mé­nale, et pas seule­ment en Coupe d’Europe. Et ce notam­ment lors de suc­cès contre Monaco (6–1 en mai 2016) ou le PSG (2–1 en 2016 et 2018). Mais au vu des trois déce­vants der­bys qu’elle a accueillis, l’enceinte de Décines a durant ces soi­rées don­né l’impression d’être davan­tage com­po­sée de spec­ta­teurs que de sup­por­ters. « Il faut dire qu’on s’est vrai­ment tapé des purges », pré­cise Jean-Pierre, abon­né au virage nord.

Les sup­por­ters stéphanois

De quoi être nos­tal­gique du der­by de folie à Gerland (3–0), le der­nier le 8 novembre 2015, avec un tri­plé d’Alexandre Lacazette. Finalement, la trace d’ambiance de der­by majeure dans les tra­vées du Parc OL se trouve dans le match qui pré­cède. Il y a déjà le chant Emmenez-moi à Geoffroy-Guichard, un clas­sique de la 42e minute de jeu (le numé­ro de dépar­te­ment de la Loire), mais chan­té avec plus de rage par les deux virages à l’approche du derby.

Au final, la plu­part des sup­por­ters des deux camps se veulent opti­mistes. Pour le Lyonnais Sébastien, « ces der­nières sai­sons, il y a aus­si le fait que les OL/OM et OL/PSG font de la concur­rence au der­by. Mais ça peut pas­ser, contrai­re­ment au der­by, qui sera tou­jours le der­by dans 50 ans. » Le Stéphanois Eric appuie cela : « Le der­by ne se dépas­sion­ne­ra jamais car il s’agit d’un phé­no­mène socié­tal. L’antagonisme est tel qu’il dépasse le foot ». Nostalgique des grandes heures du der­by, Thierry Greco y va de son conseil : « il faut peut-être qu’on retrouve notre âme d’enfant ».



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