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Malgré douze votes contre et trois abstentions, cette délibération cruciale ouvre la voie à un projet estimé entre 200 et 250 millions d’euros qui cristallise les tensions entre impératifs environnementaux et contraintes budgétaires. François Driol, vice-président en charge de la gestion des déchets, défend un projet mûri pendant trois ans. L’objectif affiché est ambitieux : réduire de 100 000 tonnes les déchets enfouis d’ici 2030. « Ce qui est fou, ce n’est pas de créer cet équipement mais de penser qu’on pourra continuer à enfouir des déchets comme ça à Borde-Matin », martèle-t-il. L’argument financier pèse lourd : avec l’augmentation progressive de la TGAP, chaque mois de retard après 2030 coûterait un million d’euros à la collectivité.
L’unité de traitement et de valorisation énergétique (UTVE) promis bénéficiera des technologies les plus récentes, s’appuyant sur le retour d’expérience des 120 installations similaires en France. Quatre sites potentiels ont été présélectionnés sur le territoire métropolitain, mais la décision finale attendra les prochaines élections municipales de mars 2026, une temporalité qui alimente les critiques.
L’alternative des petites unités de proximité
Julie Tokhi, élue écologiste, propose une vision différente : « On préférerait de petites unités de proximité pour un meilleur maillage et partager les nuisances. » Cette approche décentralisée permettrait selon elle de réduire le trafic de camions, la pollution atmosphérique et les délais de construction, tout en répartissant plus équitablement les impacts sur le territoire.
Le coût du projet suscite l’inquiétude de nombreux élus. Michel Gandilhon, maire de Fontanès, qualifie le montant d' »énorme ». Marc Chavanne, maire de Saint-Jean-Bonnefonds, s’alarme : « Un tel montant, ça pousse à l’incinération car il va falloir le rentabiliser. » Il évoque un « mur d’investissements » incompatible avec la situation financière de la Métropole, dont le plan de mandat 2026-2032 oscillerait entre 600 et 900 millions d’euros.
Plusieurs conseillers métropolitains ont plaidé pour un report du vote après les élections municipales. « On va décider pour des gens qui vont arriver aux responsabilités dans quelques semaines », argumente Isabelle Dumestre, élue d’opposition stéphanoise. Cette demande de surseoir à la décision jusqu’à ce que les nouveaux élus puissent se prononcer a été rejetée par François Driol : « Ce projet est sur 40 ans, soit six mandats, donc à un moment on va décider pour d’autres. »
Un financement mutualisé mais des inquiétudes persistantes
Le vice-président tente de rassurer sur le montage financier : l’investissement sera porté par le Sydemer et partagé entre cinq intercommunalités (Saint-Étienne Métropole, Loire-Forez Agglomération, Forez-Est, Monts du Lyonnais et Pilat Rhodanien). Il souligne également les retombées économiques locales pour le secteur du BTP. Ces arguments n’ont pas suffi à convaincre tous les élus.
Sylvie Fayolle, présidente de Saint-Étienne Métropole, a tenté de dépasser les clivages : « On ne dit pas qu’on va faire un incinérateur et rien d’autre. Ça ne veut pas dire qu’on ne va pas investir dans d’autres domaines. » Cette vision équilibrée n’a pas empêché une forte opposition de s’exprimer dans les urnes.
Avec cette validation, le projet d’incinérateur franchit une étape décisive malgré les réticences exprimées. Les prochains mois seront cruciaux pour préciser la localisation, affiner le budget et convaincre les opposants de la nécessité de cet équipement. Un défi technique, financier et politique qui marquera durablement l’avenir de la gestion des déchets dans la métropole stéphanoise.

