Les signaux sont au rouge à l’hôpital Le Corbusier. Alors que l’épidémie de grippe n’en est encore qu’à ses débuts, les professionnels de santé redoutent une aggravation de la situation pendant les fêtes de fin d’année, à l’image de ce qui s’était produit en 2024.
Un scénario qui se répète
Le docteur François Ballereau, responsable du service des Urgences, se souvient parfaitement de la période précédente chez nos confrères du Progrès : « On avait commencé à avoir les premiers rebonds mi-décembre et on est passé en période de tension hospitalière au moment des fêtes, juste après Noël. » Entre la dernière semaine de décembre et la première de janvier, l’établissement avait dû activer ses procédures d’hôpital en tension. « On a le sentiment qu’on part sur la même tendance », constate-t-il avec inquiétude.
Si le directeur de l’hôpital, Christophe Martinat, note que « ça commence à frémir », les chiffres sont déjà parlants. Selon Santé publique France, la région Auvergne-Rhône-Alpes et la Loire enregistrent une augmentation de plus de 23 % des taux d’incidence pour la grippe, notamment la souche A.
Des Urgences déjà sous pression
Cette progression épidémique se traduit concrètement par une hausse des passages aux Urgences et surtout à la maison médicale, qui accueille les patients sans médecin traitant ou dans l’impossibilité d’obtenir un rendez-vous rapide. Lundi dernier, entre 8 heures et 13 heures seulement, plus de 80 passages ont été comptabilisés. « Un chiffre élevé », souligne le docteur Ballereau.
Parmi ces patients, une proportion importante de personnes âgées ou fragiles, souvent atteintes de maladies chroniques et souffrant d’infections respiratoires. Ces malades viennent s’ajouter au flux habituel des urgences vitales comme les appendicites, infarctus ou AVC. Résultat : le taux d’hospitalisation grimpe au-delà des seuils habituels, dépassant les 20 à 22 % de patients hospitalisés après leur passage aux Urgences.
Du côté de la pédiatrie, la bronchiolite franchit également le seuil épidémique, même si la situation reste pour l’instant gérable.
Le risque des rassemblements familiaux
« On n’est pas encore en période de saturation, mais on sent qu’on entre clairement dans la période de tension », avertit François Ballereau. Le médecin pointe du doigt le principal facteur aggravant à venir : « Il va y avoir un gros brassage pour les fêtes, ce qui augmente la transmission des virus. » La fermeture des cabinets médicaux de ville pendant les vacances va mécaniquement accroître la pression sur les services d’urgence.
Face à cette perspective, l’hôpital a préparé son plan d’action. « On va ralentir certaines activités programmées, augmenter les capacités de prise en charge avec un effectif constant dans un premier temps et, si besoin, il y aura des rappels de personnels pour faire fonctionner les unités », détaille Christophe Martinat.
La vaccination reste la priorité
L’analyse des derniers jours révèle qu’une majorité des patients admis aux Urgences pour la grippe ne sont pas vaccinés. Certains le sont mais demeurent très fragiles en raison d’autres pathologies. « Il n’est jamais trop tard pour se faire vacciner, ça reste le meilleur rempart », insiste le docteur Ballereau, qui note un taux de vaccination national en légère hausse par rapport à l’année précédente.
Au sein même de l’établissement, une campagne de vaccination a été proposée au personnel, avec un succès contrasté : « Plutôt bien pour la grippe, mais moins bien pour le Covid », constate le directeur.
Masque obligatoire et gestes barrières
Depuis la fin de semaine dernière, le port du masque est redevenu obligatoire dans l’ensemble de l’hôpital Le Corbusier, en réponse à la circulation plus intense des virus respiratoires.
Les professionnels rappellent également l’importance des gestes barrières, y compris en contexte familial. « Il faut éviter les contacts rapprochés auprès des personnes fragiles ou âgées si on présente des symptômes, bien se laver les mains et surtout bien aérer les pièces, ce qu’on oublie souvent », recommande François Ballereau.
Concernant les autotests, désormais largement utilisés, le médurgentiste nuance leur fiabilité : « Ils ont l’avantage d’être efficaces quand ils sont positifs, mais il y a beaucoup de faux négatifs. Ils permettent néanmoins de protéger l’environnement avant les réunions familiales. »
L’hôpital stéphanois se tient donc prêt à affronter les semaines à venir, avec l’espoir que les mesures de prévention limiteront l’ampleur de la vague épidémique pendant les fêtes.

