Les vastes bâtiments de l’ancienne usine Mavilor, qui s’étendent sur 25 000 m² au cœur du Gier, accueillent désormais Articôp, une coopérative dynamique regroupant 300 artisans spécialisés dans le travail du bois.
Cette renaissance industrielle marque un tournant majeur pour ce territoire chargé d’histoire. L’emplacement porte en lui les traces d’un passé riche : d’abord le puits minier Gillier entre 1898 et 1950, puis l’usine Mavilor Thyssen Krupp qui employait jusqu’à 1 800 personnes dans la production de vilebrequins automobiles et agricoles, avant d’être reprise par Linear Technologie en 2010.
Un déménagement stratégique pour voir grand
Vendredi dernier, la coopérative célébrait officiellement son installation dans ces nouveaux locaux, abandonnant ses 11 000 m² devenus obsolètes à Corbas. Cette migration répond à une croissance soutenue qui caractérise Articôp depuis sa création en 1999 à Brignais par une trentaine de professionnels visionnaires.
L’investissement colossal de 13 millions d’euros (5 millions pour l’acquisition, 8 millions pour les aménagements) témoigne des ambitions de cette structure atypique. Malgré les récentes turbulences au niveau de la direction générale, avec Eric Vialatoux reprenant temporairement les rênes, les projets d’expansion demeurent intacts.
Une coopérative en pleine expansion
Articôp rassemble aujourd’hui charpentiers, menuisiers, agenceurs et autres artisans principalement issus des bassins lyonnais et stéphanois. Selon Valérie Balavoine, directrice des filiales service et communication, l’entreprise type adhérente compte une dizaine d’employés et génère environ un million d’euros de chiffre d’affaires annuel.
La philosophie coopérative garantit une égalité de traitement remarquable : chaque membre dispose du même poids décisionnel, indépendamment de sa taille. Cette approche solidaire va bien au-delà des simples économies d’échelle sur les achats de matériaux. Elle englobe formations, assistance technique, services mutualisés et capacité collective à répondre aux marchés complexes.
Des perspectives ambitieuses
Les objectifs affichés donnent le vertige : doubler l’activité sur les dix prochaines années pour atteindre 60 millions d’euros de chiffre d’affaires et 600 adhérents, contre respectivement 27 millions et 300 actuellement. Cette croissance, traditionnellement à deux chiffres, a certes marqué le pas en 2024, mais la coopérative l’attribue principalement aux contraintes du déménagement.
L’emploi local devrait considérablement bénéficier de cette dynamique. Aux 40 postes transférés depuis Corbas s’ajouteront une dizaine de recrutements dès 2025, avec une perspective de 150 créations supplémentaires si les projections se concrétisent.
Bien plus qu’un simple entrepôt
L’ambition d’Articôp dépasse largement le stockage et la logistique. Le projet « Horme 2030 » prévoit de transformer ce site en véritable écosystème professionnel. Compétences et équipements mutualisés, centre de formation pour pallier la pénurie de techniciens spécialisés, implantation d’antennes d’autres coopératives du réseau Orcab constituent autant de développements envisagés.
L’ouverture vers l’extérieur fait également partie des réflexions, avec la possibilité d’accueillir des entreprises externes ou des start-ups dans une logique de pépinière d’entreprises. Les préoccupations environnementales ne sont pas oubliées : développement du réemploi et installation dès 2025 d’une centrale photovoltaïque produisant 2 TWh d’électricité annuellement sur les toitures.
Un modèle économique original
Le fonctionnement coopératif d’Articôp tranche avec les logiques capitalistes traditionnelles. Moyennant un droit d’entrée de 4 000 euros, les adhérents deviennent actionnaires à 100 % de leur outil de travail commun. Aucun dividende n’est versé à des investisseurs extérieurs ; tous les bénéfices sont réinvestis dans l’amélioration des services et l’expansion de la structure.
Cette renaissance de L’Horme s’inscrit parfaitement dans la géographie économique régionale. La proximité des sources d’approvisionnement en bois (Pilat, Haute-Loire, Monts du Forez) et les perspectives de développement vers l’Ardèche, le Puy-de-Dôme et la Haute-Loire justifient pleinement cette implantation stratégique qui redonne espoir à un territoire industriel en mutation.

