La chronique de Martial : l’objet de nos désirs et sa société de consommation

En cours de philo, on a tous étudié le désir. Ce besoin irrationnel, obsédant, de vouloir obtenir ce que l’on n’a pas. Et d’en conclure que désirer ne plus désirer, c’est désirer la mort.

Mais le désir n’est pas le bonheur et on a souvent tendance à les confondre.

Le désir est omniprésent et nous avons été formatés pour désirer toujours plus. La télévision, les publicités envahissantes à chaque carrefour, sur nos écrans, les panneaux d’affichage, les magazines… Elle arrive même à se faufiler dans nos boîtes aux lettres. À croire que l’on serait plus heureux avec le modèle de voiture dernier cri, le parfum à la mode ou la dernière collection de vêtements.

Les réseaux sociaux continuent de façonner notre désir. Ils dopent notre cerveau, à grands coups d’images photoshopées de paysages paradisiaques avec des célébrités qui nous vendent leurs codes promos. Pas étonnant que les grandes marques misent sur les influenceurs des temps modernes. Nous sommes incessamment conditionnés pour acheter.

On s’imagine que l’on serait un surhomme nietzschéen, prêt à affronter tous les obstacles de la vie parce qu’on serait au-dessus des autres. On veut toujours ce qui nous manque pour se montrer avec aux yeux de tous. Cette concurrence à toute épreuve était déjà sur les bancs de l’école quand on nous comparaît à nos camarades avec un système de notation. Il ne s’agissait pas seulement de s’améliorer soi-même, nous étions en plus en compétition.

C’est la même chose en amour. Nous nous persuadons de vouloir l’inaccessible
Nous nous convainquons sans cesse de devoir battre des records. Celui qui court le plus vite, celle qui est la plus belle, celui qui terminera un concours dans les meilleurs temps. Alors que l’apprentissage de la vie s’acquiert au fil des âges, non pas dans l’extrême rapidité, mais à travers un parcours d’événements, de réflexions et de vécu, avec l’idée que ce sont les échecs qui nous font apprendre et rebondir.C’est la même chose en amour. Nous nous persuadons de vouloir l’inaccessible. Celui ou celle qui nous feraient sentir mieux dans notre peau alors que nous ne pouvons le combler que par nous-mêmes. Se recentrer sur le moi et se fabriquer à partir de ce qui existe déjà autour de nous. Désirer, posséder, avoir, obtenir ne comble pas in fine notre bonheur. Ce dernier est peut-être déjà sous nos yeux. Dans le renouement avec la nature, le partage avec les autres, l’émerveillement des premiers pas d’un enfant, le son d’un rire communicatif, un café crème en terrasse. En clair, nous ferions mieux de désirer ce qu’on a déjà.

Martial MOSSMANN

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